24 HEURES - Le mercredi 16 mai 2012

Crémeuse ou traditionnelle?

19/11/2010 08h18 

Sophie Durocher
  • Sophie Durocher

Vous connaissez l’histoire du gars qui ne prend plus soin de sa femme et qui ne lui dit plus qu’elle est belle? Le jour où un autre homme lui fait un compliment et la trouve de son goût, tout d’un coup le mari redécouvre les charmes de sa douce moitié et retombe en amour avec sa femme en la regardant avec d’autres yeux.

C’est un peu ce qui arrive avec Montréal ces jours-ci.

Alors que les Montréalais n’arrêtent pas de critiquer leur ville et ses rues sales et transversales, ses stationnements hors de prix, ses travaux à plus finir, voilà qu’un chef flamboyant pourrait réussir à raviver la flamme de notre attachement citadin en s’entichant d’un restaurant familial montréalais tout ce qu’il y a de plus pépère. Quand j’ai su que Gordon Ramsay, le chef/vedette de télé (Hell’sKitchen) rachetait la rôtisserie Laurier BBQ, j’ai d’abord pensé à une blague. Qu’un chef qui compte plusieurs étoiles Michelin à son palmarès achète un resto de « comfort food » où le décor rustico-rustique est resté quasi inchangé depuis des lustres, ça me semblait aussi incongru que si Paul Bocuse avait investi dans la binerie Mont-Royal ou que Alain Ducasse avait racheté un stand de poutine le long de la 20.

Mais j’avais tout faux : si Gordon Ramsay s’intéresse à un resto qui se spécialise dans la non gastronomie, à l’ambiance familiale, avec des tableaux de chasse ringards, où on appelle les serveuses par leur prénom parce qu’on y vient depuis des générations, ce n’est pas parce qu’il a été ébloui par le charme du hot chicken ou du gâteau moka. C’est parce qu’il a craqué pour Montréal elle-même, une ville cool, décontractée, en bras de chemise, pas prétentieuse pour un sou.

Quand un gars comme Ramsay, qui aurait pu choisir parmi toutes les villes du monde pour ouvrir son 26e restaurant, jette son dévolu sur un chalet suisse au toit rouge en pleine rue Laurier, il envoie un message à tous les Montréalais : vous habitez une ville trippante, bigarrée, remplie d’endroits plus craquants les uns que les autres que vous gagneriez à redécouvrir. Mais comme le gars dans l’histoire, vous ne dites plus à votre ville que vous la trouvez belle.

Là où nous ne voyons plus que des nids-de-poule, Ramsay, lui, a vu une belle paire de cuisses de poulet!

 
 

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