C’est une méthode classique, vieille comme le monde. Tirer sur le messager plutôt que d’écouter ce qu’il a à nous dire.
La semaine dernière, j’ai lancé une petite bombe dans le monde des médias. Avec mon texte Ici Radio-Gesca publié dans 24h, sur la présence de journalistes de Gesca sur les ondes de Radio-Canada, j’ai créé une petite commotion. Sur les réseaux sociaux comme Twitter, le sujet s’est retrouvé en 9e position des discussions, selon Influence Communication. Or, je me suis fait dire par certains que je n’avais pas droit au chapitre puisque je suis moi-même une pigiste dont le client principal est Quebecor.
Parce que j’écris dans le Journal de Montréal, que j’anime à Vox et que j’écris dans 24h et sur clindoeil.ca, je devrais me taire?
Je n’ai donc jamais le droit de parler de La Presse, Le Soleil, Le Nouvelliste, Le Droit, La Tribune, Le Quotidien et La Voix de l’Est (tous les quotidiens de Power Corp). Je n’ai pas le droit de me prononcer sur les émissions produites par La Presse-Télé et diffusées à Radio-Canada cette saison : Les Parent, La petite séduction, Ricardo, En direct de l’univers et Le club des doigts croisés.
Je n’ai pas le droit d’émettre des réserves sur les émissions de La Presse-Télé qui étaient jusqu’à récemment diffusées à Radio-Canada : Le match des étoiles, l’Heure de gloire, Grosse journée. Je n’ai pas le droit de parler de tous les livres publiés aux éditions La Presse ou Voix Parallèles. Je n’ai pas le droit de critiquer la Great West, la London Life, le Groupe Investors Inc., ou la Corporation Financière Mackenzie, puisque toutes ces entre-prises font partie de l’organigramme de Power Corp, une entreprise tentaculaire. Je ne peux pas émettre d’opinion sur les investissements de Power Corp dans Total ou dans les sables bitumineux.
Parce que je fais des piges pour Quebecor, je n’ai le droit d’émettre aucune réserve sur aucune émission de radio, de télé de Radio-Canada ou de la CBC, ou de leur site Internet. Alors messieurs-dames les donneurs de leçon, s’il-vous plaît, envoyez-moi la liste des sujets dont j’ai le droit de parler, ça sera plus court.
Un ami m’a envoyé ce courriel cette semaine : « Quand quelqu’un critique la convergence à Quebecor, il est courageux, lucide, clairvoyant, intelligent, pertinent. Mais quand quelqu’un critique la convergence à La Presse ou à la SRC, c’est un illuminé, un extrémiste, un parano, un suppôt de Satan, ou un vendu. »
Il a raison. Pourquoi les journalistes de La Presse, qui ont un blogue sur Cyberpresse, une chronique hebdomadaire à la radio ou à la télé de Radio-Canada, qui publient leurs livres aux éditions La Presse peuvent se permettre de donner leur opinion sur la convergence à Quebecor, sur le conflit au Journal de Montréal, sur la présence d’une trisomique au Banquier, sur les compétences journalistiques des employés de Quebecor, sur les talents de chanteur de Maxime Landry, sur la couleur des robes de Julie Snyder ou sur les angles de caméra de Jean Lamoureux à Star Académie? Quand un journaliste permanent de La Presse écrit L’empire qui rempire, on devrait lui donner un prix Pulitzer. Mais quand une pigiste de Quebecor écrit Ici Radio-Gesca, c’est une vendue?
J’ai contacté Alex Levasseur, le président du Syndicat des communications de Radio-Canada. On a parlé de la fameuse entente secrète entre Gesca et Radio-Canada, mise à jour par Patrick Bourgeois, du journal Le Québécois, en 2008. Une entente signée en 2001 qui parlait de « synergies », de « promotion croisée » et d’ « échanges de visibilité » mais dont Radio-Canada dit qu’elle est « révolue ».
« Croyez-vous qu’il existe encore aujourd’hui une entente entre Radio-Canada et Gesca? », ai-je demandé à M. Levasseur. « On se pose beaucoup de questions », m’a-t-il répondu. Et pourquoi? « Parce que partout où il y a des quotidiens de Gesca, que ce soit à Québec ou au Saguenay, il y a une forte présence de leurs journalistes sur les ondes des stations régionales de Radio-Canada. »
Selon lui, plus du tiers des interventions à la télévision ou à la radio de Radio-Canada sont faites par des journalistes de Gesca.
Est-ce assez crédible à votre goût, ça?
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