24 HEURES - Le mardi 6 décembre 2016

Ici Radio-Gesca

07/05/2010 08h18 

Sophie Durocher
  • Sophie Durocher

Ils sont partout. Dans les émissions d’information, d’affaires publiques, aux nouvelles, dans les quiz, les spectacles de variétés et même les émissions de cuisine ! C’est tout juste si on ne leur donne pas des rôles dans les téléromans. Avez-vous remarqué la quantité astronomique de journalistes/chroniqueurs de La Presse qu’on voit et qu’on entend chaque jour sur les ondes radio et télé de Radio-Canada ?

Seulement quelques exemples... À l’émission Le verdict, c’est votre opinion Véronique Cloutier a reçu trois journalistes de La Presse (Marc Cassivi, François Cardinal et Vincent Marissal) en l’espace de seulement cinq émissions.

À Six dans la Cité, deux des cinq chroniqueurs (Nathalie Petrowski et Marie-Christine Blais) sont journalistes à La Presse.

À la radio, ce n’est plus un raz-de-marée, c’est un tsunami. À l’émission de René Homier-Roy C’est bien meilleur le matin cinq chroniqueurs permanents écrivent dans La Presse (dont l’éditorialiste-en-chef André Pratte). Et depuis le 15 avril, deux nouveaux collaborateurs se sont joints à l’équipe pour une chronique hebdomadaire sur le Montréal multiculturel : Jean-Christophe Laurence et Laura-Julie Perreault, tous les deux, vous l’aurez deviné, journalistes à La Presse.

Le vendredi matin, à l’émission de Christiane Charette, on compte au moins trois chroniqueurs de La Presse à la queue leu leu (Marc-André Lussier, Marc Cassivi et Nathalie Petrowski).

Et la liste est très loin d’être exhaustive.

Vous ne trouvez pas que le jupon dépasse ? Dites-moi, est-ce qu’on devrait changer le nom de Radio-Canada pour Radio-Gesca ?

Si j’étais reporter ou chroniqueur spécialisé à la radio ou à la télé de Radio-Canada, il me semble que cette situation me frustrerait au plus haut point. Pourquoi la Société d’État fait-elle appel à des spécialistes de l’extérieur alors qu’il y a entre ses rangs du personnel extrêmement compétent, formé avec nos impôts, avec une tonne d’expérience sur le terrain et parfaitement capable d’analyser la politique nationale ou internationale, de nous parler du dernier film de Roman Polanski ou de la crise financière qui frappe la Grèce?

Le recours aux journalistes de La Presse est d’autant plus irritant que les pigistes doivent être payés à chaque apparition (avec l’argent public) alors que les spécialistes maison de Radio-Canada, eux, sont déjà sur la liste de paie.

Une autre question me chicote à propos de ces nombreuses collaborations : pourquoi le critique télé de La Presse accepte-t-il d’aller à Radio-Canada, entre autres à l’émission de Christiane Charette ? Il est appelé à couvrir Radio-Canada dans le cadre de ses fonctions mais il reçoit lui-même un chèque de paie de la société d’État ... On n’imaginerait pas un journaliste des pages économiques travailler à la pige pour Bombardier par exemple.

Sérieusement, y a-t-il encore quelqu’un qui ne voit pas la convergence évidente entre Radio-Canada (un diffuseur public) et La Presse (une entreprise privée) ?

C’est bizarre, les critiques dénoncent la convergence entre les différentes filiales Quebecor, mais on ne les entend jamais critiquer celle qui unit dans un même lit Gesca et Radio-Canada. Pourtant, elle est bien plus pernicieuse.

Une entreprise privée n’est redevable qu’à ses actionnaires. Une société d’état, elle, est redevable à tous les contribuables. Radio-Canada est la télévision et la radio de tous les Canadiens et n’a pas à s’allier d’une manière ou d’une autre avec une entreprise privée, qui a des intérêts financiers évidents à obtenir une telle visibilité gratuitement.

Je faisais remarquer un jour à un journaliste de La Presse que lui et ses collègues occupaient beaucoup d’espace sur les ondes nationales. « Mais c’est normal, on est les meilleurs ! » m’a-t-il répondu du tac au tac. Ben oui. Ça doit être pour ça que La Presse et Radio-Canada organisent ensemble ... le Gala de l’excellence !

La guerre des étoiles

Avez-vous suivi la tempête dans un verre d’eau de Véronique Cloutier, mécontente que le Journal de Montréal l’ait écartée de la une le lendemain du gala Artis ? Ce qui est bizarre, c’est que ce même matin, La Presse a mis à sa une Véronique Cloutier, mais pas Patrick Huard, qui avait pourtant remporté lui aussi le prix de personnalité de l’année. La Presse l’a-t-elle « oublié » parce qu’il est une vedette de TVA avec sa série Taxi 0-22? Pourquoi voir un complot au Journal de Montréal mais pas à La Presse?

 
 

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