On pique des colères, on gueule à grands coups
Mais par en arrière, par en dessous
On est pissou, pissou, pissou
On est pissou
On fait des manières, on fait des discours
Mais par en arrière, par en dessous
On est pissou, pissou, pissou
On est pissou
Jean-Pierre Ferland a écrit Pissou il y a 17 ans, pour l'album Bleu, blanc, blues. Mais cette chanson de 1992, écrite entre deux référendums, me semble particulièrement actuelle quand je pense à la situation du français aujourd'hui dans les rues de Montréal.
Pourquoi ? À cause de trois petites phrases qui apparaissent sur le site internet de l'Office de la langue française:
« En vertu de la Charte de la langue française, toute personne a le droit d'obtenir un produit et de la documentation en français ainsi que d'être servie et informée en français au Québec. Si tel n'est pas le cas, il est normal de le demander, voire de l'exiger. Lorsque ce droit n'est toujours pas respecté, il est possible de porter plainte à l'Office québécois de la langue française ».
Respect : c'est bien ici le mot-clé. Si vous parlez à un représentant de l'Office de la langue française, il vous dira que la loi ne peut pas être appliquée si les citoyens ne se plaignent pas. Pas de visites aux commerces fautifs, pas d'enquête, pas de dossier, pas de changement et pas d'amélioration de la situation. Et le plus triste, c‚est que très peu de gens se plaignent.
On gueule contre les commerces qui ont des noms anglais, mais au lieu de déposer une plainte officielle, on marmonne dans sa barbe et on prend son trou. On voit des Uncle Pete's café, des Toto's Pasta & grill, on se dit qu'ils exagèrent mais on n'écrit pas à l'OLF. Un resto ouvre ses portes dans un quartier branché et a le culot de s'appeler Greasy Spoon ? On ne dit pas un mot et on s'extasie, comme l'ont fait les critiques gastronomiques, sur la qualité des frites et de la tarte Tatin. Un studio de yoga décide de s'appeler Happy Tree ? On fait des ooooooom, une salutation au soleil et on s'écrase sur notre matelas. On est teeeeeeeellement zen ! Un fleuriste s‚appelle Green Poppies ? On achète une douzaine de roses sans dire un mot et on va les déposer sur la tombe de la « langue de chez nous ».
Pouvez-vous m'expliquer pourquoi on s'est dotés d'une loi sur la langue si c'est pour ne pas l'appliquer? Pourquoi l'office s'en remet-il au pouvoir des citoyens si les citoyens eux-mêmes s'en foutent comme de leur première chemise ?
Pauvre Camille Laurin. Il doit se retourner dans sa tombe.
Quand j'ai écrit dans ce journal sur les commerces qui embauchaient des unilingues anglais, une lectrice m'a apostrophée en me disant : « Oui, mais l'inverse existe aussi. Il y a plein de commerces où les employés ne parlent pas anglais et ne peuvent pas servir les touristes. » C'est vraiment comparer des pommes et des oranges : d'un côté se faire servir dans sa langue dans sa ville. De l'autre, offrir un service à des touristes dont on veut avoir les sous.
Entretemps, si ça vous tente de changer les choses, de ne plus laisser passer les abus et les excès, je vous refile une bonne adresse, avec un formulaire à remplir:
http://www.olf.gouv.qc.ca/francisation/respect/plainte.html. Pour ne plus être des pissous.
Scandale des commandites ?
Dans La Presse de mercredi, Nathalie Petrowski critiquait le fait que La louve d'or du Festival du nouveau cinéma s'appelle maintenant La louve d'or Quebecor.
Il aurait été intéressant pour les lecteurs qu'elle mentionne aussi qu'on remettra cette année au FNC: le Grand Prix Focus Cinémathèque québécoise et .... Le Prix de l'innovation Daniel Langlois. Elle aurait aussi pu rappeler que chaque année au FFM, on remet le Grand prix du public Air Canada. Et elle aurait pu raconter que cette année la Mostra de Venise, dont le principal commanditaire est le fabricant de montres Jaeger-Lecoultre, Sylvester Stallone a reçu le prix "Jaeger-Lecoultre Glory to the filmmaker".
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