24 HEURES - Le vendredi 10 février 2012

L'envie du vrai

21/12/2009 14h01 

Marie-Louise Arsenault
  • Marie-Louise Arsenault

Poursuivons ce survol des moments qui ont marqué cette année, en rappelant les belles découvertes, du moins celles que ma mémoire, (de plus en plus sélective), a choisi de garder au frais, probablement parce qu'elles sont doté d'une étincelle de vérité.

Un très beau film (26 mars).

Sans hésitation, le meilleur film québécois que j'ai vu cette année: À l'ouest de Pluton, de Henry Bernadet et Myriam Verreault, une affaire magnifique, rondement filmée. C'est l'histoire d'une bande de jeunes de 14-15 ans, celle de leurs désirs, de leurs préoccupations, de leur inévitable perte d'innocence aussi, tout ça alors que s'écoule une journée (et une nuit) d'automne dans une banlieue anonyme de Québec, comme il en existe des milliers à travers le monde. Les ados y apparaissent tels qu'ils sont, sans jugement, morale alambiquée ou désir malencontreux de les magnifier. En fait, il y a dans ce film ce que l'on trouve peu au cinéma: de la vérité. En plus, À l'ouest de Pluton propose une trame sonore éclatante, où l'on compte les excellents Sigur Rós et Bords of Canada parmi la bande d'artistes présents. Vous allez tomber sous le charme de Pierre-Olivier, qui se désole que Pluton ne soit plus considérée comme une planète depuis 2006, de Jérôme qui se dévore d'amour pour Kim ou encore de Benoît, qui se passionne pour «le beurre de peanuts».

Les vrais affaires (15 juillet).

Il se passe quelque chose d'intéressant, dans le vaste monde des médias d'images. Comme une envie de réalisme et de vérité, peut-être pour aller à l'encontre du mensonge, celui que l'on nous propose depuis au moins une décennie, généralement appuyé par une musique pesante et pseudo dramatique. David Lynch, ce cinéaste américain aux images obsédantes, (Blue Velvet, Mulholland Drive), vient d'ailleurs de s'ajouter à la liste d'artistes qui s'intéressent désormais au réel, en s'approchant lui aussi de personnages inconnus, ceux que l'on désigne souvent dans les médias (et dans les réunions de production télévisée), avec une certaine condescendance, comme des gens «ordinaires.» Lynch a donc lancé, en juin dernier, une série de capsules tournées à travers les États-Unis par son fils Austin et par son collègue Jason S., des courts métrages présentés par le cinéaste lui-même, (un peu à la manière d'Alfred Hitchcock), que l'on peut visionner sur son site, (www.davidlynch.com), où l'on propose une nouvelle rencontre à tous les trois jours. Capturés par une caméra sans artifices aux quatre coins d'une Amérique désenchantée, mythologique et captivante, les personnages rencontrés sont souvent émouvants, profonds, attachants et surtout, surtout, terriblement vrais.

La musique, tout simplement (18 décembre).

Les découvertes se font aussi, bien souvent, grâce aux bons amis. Merci donc à ma bien aimée Betty, qui a eu l'excellente idée de me faire connaître le projet Blakroc, une trouvaille réjouissante, qui impressionne musicalement, mais qui séduit aussi pour sa dégaine visuelle. Collaboration entre le groupe The Black Keys et des grands noms du hip hop, comme Mos Def, Jim Jones et Q-Tip, l'album de BlakRoc, (lancé en novembre), marie à merveille la cadence du rap et l'énergie du rock, mais il se décline aussi sous la forme de web épisodes, que l'on peut visionner sur You Tube. La facture de ces clips, simple, crue et diablement efficace, rappelle que la musique, quand elle est bonne, n'a surtout pas besoin de mise en scène. (blakroc.com).

 


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