La meilleure façon de se remettre d’une cuite de la veille, encore plus qu'un déjeuner extra bacon ou qu'une partie de pêche sur une lac du Nord, c’est une bonne dose de musique franche, rock de préférence. Point à la ligne.
Le FME ne l’a pas seulement compris, il applique généreusement le concept à Rouyn-Noranda, l’espace d’un long week-end. Et ça marche : on est revenus sains, saufs et surtout, souriants.
Le jeudi de notre arrivée, les échos du mercredi résonnaient encore, comme quoi Chinatown et Ariane Moffatt avaient bien inauguré l’édition, en plein air à part ça. On a d’ailleurs pu vérifier la forme d’Ariane passé minuit, alors qu’elle donnait un deuxième coup d’envoi, celui des afters dans une nouvelle et magnifique salle, L’Agora des arts. Sa capacité d’accrocher un public disparate est indéniable, et celle de s’adapter selon l’humeur et l’heure de la nuit aussi. Le soir suivant, c’était Afrodizz qui prenait le flambeau de la salle aux airs d’alcôve, veloutée de rouge et du houblon de circonstance.
Bien avant ça, question de prendre des forces, on a pu profiter du traditionnel 5 à 7 de bienvenue au Cabaret de la dernière chance, un énorme méchoui à l’image de l’hospitalité du FME : copieux, varié et bien arrosé.
Jeudi, c’est parti
Une fois nos réserves faites en vue du festin musical prévu entre Rouyn et Noranda, on a bougé vers les Français de Montgomery au Petit Théâtre. Un délégué de Toulouse hyper sympa nous les avait recommandés, même si lui, vendu au rock pur et dur, passait son tour. Leur indie pop-rock lisse comme une peau de bébé fleurait bon les mélodies accrocheuses; les fans des ballades de Malajube devraient aimer. (Les membres du groupe ont par ailleurs prouvé qu’ils étaient capables de se battre sur l’asphalte; on l’a vu à l’annuelle course de go-kart du samedi, où tous s’envoyaient mordre la poussière.)
Direction Elisapie Isaac, ex Taima, qui se faisait la voix au Paramount. Défi relevé. Son interprétation d’anciennes pièces triées sur le volet dénotait une assurance renouvelée sur scène, à l’aube de son nouvel album solo.
Et hop, on quitte à contre-cœur avant l’arrivée de Martin Léon (qui apparemment a triomphé) pour retourner au Petit Théâtre. Là, après les juvéniles mais solides rockeurs de Hollerado, Xavier Caféïne et son supergroupe entonnaient aussi du nouveau matériel. Un nouveau membre surprenant, Sandy Belfort, s’ajoute avec des claviers dardants, presque krautrock, sur les pièces à venir, toujours résolument rock mais plus ambitieuses sur le plan des structures. Si sur scène ç’a surpris les fans des premiers disques (un peu mis de côté à la faveur du nouveau, Bushido, ainsi que de Gisèle), on a vraiment hâte d’entendre la chose travaillée en studio.
De retour au Cabaret, Mother Mother a charmé les rockeurs comme les amateurs de mélopées, avec un amalgame de guitares syncopées et d’harmonies songées.
Vendredi, mon kiki
Foisonnement de 5 à 7 le vendredi à en perdre la boule, avec Stereo Total à l’Abstracto, Le Roi poisson Chez Bob, et Géraldine et les Cagoules Duguay à la Galerie L’Écart. On décide de perdre la cagoule. Faussement candide, décidément art-punk et un brin narquoise, Géraldine inquiète et tique, mais ça fait partie du jeu. Et puis le sensuel sirop du « T’es belle » de Marc Lavoine qu’elle fait cailler, c’est une douceâtre vengeance. On reste après pour contempler en buvant du blanc les murs de L’Écart, qui arboraient une collabo franchement très réussie entre le Rouandais Christian Leduc (aussi du duo de photographes Cyclopes) et le Los Angelino Gordon Sean Magnin. Du glamour passé à l’exacto, très cool.
Au coucher du soleil, autre concert extérieur pour le FME, qui rassemblait Le Nombre et Malajube. Les premiers avaient abusé du Bar des Chums la veille, une institution munie du rutilant duo Éclipse à la musique et duquel, à la défense du Nombre, il est difficile de sortir sobre, alors que les deuxièmes ont se sont échauffés sur scène juste comme on commençait à se les geler un peu, passé Val d’Or. On a pu rétablir notre température corporelle devant Rotor Jambreks, un homme-orchestre d’outre-mer qui porte bien son drôle de nom, affairé qu’il était à se faire aller tous les membres du corps entre sa guitare et sa grosse caisse. Moins déjanté qu’un Bob Log, mais diablement efficace.
Puis, en fin de soirée, Clues a apporté un peu du délicat Mile-End en ces terres broussailleuses, alors que le blues rock dansant de Left Lane Cruiser a fait un total tabac en deuxième partie de Lake of Stew acoustique, à la scène des Patriotes. Là, on a eu sérieusement chaud.
(suite de l’article du ICI Week-end cette semaine)
Et le samedi, c’est pas fini
On l’aura compris, le FME en chiffres, ç’a beau être huit heures de char, d’une soixantaine de shows et une bière infinie, reste que les sentiments de communauté et de (re)découverte qui s’y forment n’ont simplement pas de prix.
C’est ainsi qu’après deux solides jours d’arpentage de l’arrondissement de Rouyn-Noranda, pas de répit. On replonge avec délectation dans la suite le samedi.
Rendu là, tel un marathonien qui brise le mur de la fatigue et se laisse mener par le rythme de ses propres pas, courir la ville devient une seconde nature. On a même poussé le zèle (lire : le fun) jusqu’à commencer plus tôt cette journée-là, sous un soleil d’après-midi particulièrement vibrant. Début de virée juste à temps pour Le Matos, qui précédait Poirier et Omnikrom aux Piknic électronik téléportés au Lac Osisko pour l’occasion. On a très hâte que ces trois preppies de l’électro se lâchent lousse sur disque, parce qu’avec la précision des concerts en crescendos qu’ils nous servent depuis un moment déjà, on a l’impression qu’un enregistrement live ferait l’affaire. Mais bon, on est perfectionniste ou on ne l’est pas. C’est probablement tout à leur honneur.
À une rive de là, Stereo Total enflammaient un deuxième 5 à 7 à l’Abstracto. Heure très hâtive pour ce duo habitué à bigarrer les nuits urbaines de Berlin à Montréal avec leur électro-punk rabouté. Mais le bodysurfing, un incontournable de leur répertoire, a su trouver sa place. Comme les chœurs lancés sur Illégal, leur débonnaire reprise de Corbeau.
Au coucher du soleil, c’est Priestess qui a rallié les fans de rock au Petit Théâtre, alors que Thus:Owls (projet de Simon Angell, guitariste de Patrick Watson, et de son épouse toute fraîche de quelques semaines, la talentueuse Suédoise Erika Alexandersson) se faisait beaucoup de nouveaux fans au Paramount. Priestess ont oscillé entre leur répertoire digeste de l’album Hello Master ainsi que des pièces de Prior to the Fire, à venir le 21 octobre. Du hard rock sans détour et du psych-rock tortueux; deux directions, deux plaisirs indéniables. Les gars d’ailleurs célèbrent autant l’un que l’autre, car on sait bien que là où y’a de la gêne, y’a pas de plaisir.
La surprise de la soirée a sans conteste été Les Guénilles, un quatuor du Lac qui s’abreuvent autant au grunge qu’au hardcore. Du gros fun noir, avec à la clé un batteur de la trempe de Tommy Lee. Puis, Bison B.C., fidèles à leur réputation, ont assuré côté stoner métal.
Sur notre route, on a même été chanceux d’attraper le test de son de Random Recipe au Groove, qui avait par surcroît d’autres plans pour la soirée… La bande s’est en effet pointé au célèbre resto Chez Morasse (leur vision de la poutine : une couche de sauce et de fromage pour chaque poignée de frites, fallait y penser) aux petites heures, question de faire résonner leur électro-folk-hop une seconde fois.
À quelques rues de là, au Paramount, c’est la nuit électro qui faisait rage. Juste avant Pheek, ce sont les gaillards de Meilleurmusiquedumonde.com qui ont enchaîner mash-ups et tubes passés et à venir.
Vivement l’année prochaine. Rouyn, je t’aime.
tous crédits photo aux gentils Cyclopes, cyclopes.ca
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