24 HEURES - Le jeudi 23 février 2012

Paris et les rebuts

01/09/2009  

Evelyne Côté
  • Evelyne Côté

On dit que la haine est très proche de l’amour, que leurs racines se touchent. Je déteste cette idée. Mais force est d’admettre que haïr part en tout cas d’une passion, d’une passion malsaine.

Il y a quelques années, juste avant qu’elle ne fasse partie intégrante du paysage médiatique quotidien, je détestais Paris Hilton jusqu’à l’obsession. On parle de 2002, 2003. Avec le recul, j’ai desserré les dents. Me suis rendu compte que ce que je détestais, ce n’était pas tant le personnage que le fait de ne pas le saisir du tout. De ne pas comprendre deux secondes le pourquoi du comment des moues de Paris. Et comme son existence se limite pas mal à une grosse moue sans substance, je tournais en rond sur internet. Ça m’insupportait tant que je l’aurais (a)battue. Métaphoriquement, bien sûr. Quoique…

Trêve de morbides retours en arrière, son succès m’échappait complètement, et ma perplexité (lire : mon impuissance), de pair avec un sentiment de profonde absurdité (lire : d’injustice) motivaient des pensées hostiles. Et voilà que, après cinq ans de break syndical de haine, j’ai un nouveau problème.

Il s’appelle Brokencyde.

LE COMMENT DU POURQUOI

Je les déteste si fort que ça m'éblouit. Oui, il s'agit sans conteste du pire groupe au monde. Que j’aurais volontiers passé sous silence, parce que l’aigreur c’est pas beau, malgré toute la répulsion que j’éprouve envers ce ralliement d'insectes. Mais l’ennemi viendra envahir Montréal pour une date de spectacle le 14 octobre (après un passage noyé dans la marée du Vans Warped Tour cet été, on les aura à peine vus). Il faut donc faire quelque chose, alerter la population.

Oh, par où commencer… Un ami m’a envoyé une petite vidéo il y a quelques semaines, pour me faire rire. Il ne pouvait pas se douter que j’en développerais une répugnance maladive. Cette vidéo, je l’ai regardée six fois en une journée, impavide, ne sachant pas trop si je devais rire ou pleurer, ou aller poser une bombe dans les bureaux de ceux qui ont consenti à signer, soutenir et diffuser ce groupe débile.

J’avais pourtant jusque-là réussi à passer complètement à côté depuis la formation du groupe, en 2006-2007.

Ce que c’est? Une bande de quatre petits gars bien loin d’être des hommes, résidant à Albuquerque, au Nouveau Mexique. Déjà sur Wikipédia, on dit que le nom du groupe fait référence à leur « bris intérieur ». Broken inside, oui, brisés en-dedans. On voit ici les allégeances emo du groupe (le genre emo, pour ceux qui ne connaîtraient pas ou peu, est généralement perçu comme un rock mélodique parfois crié, hyper précieux, nombriliste et absolument détestable. Du grattage de bobo dans la ouate.) Déjà, ça part très mal. Oh, mais qu’entends-je? Des cris sur du crunk? Oh boy.

FREAXXX

Je ne suis pas la seule à les maudire. Le champ sémantique de la poubelle (ordurier, bon à rien, déchet, abject, j’en passe et des trop mûres) a été largement utilisé à leur endroit. Mais pour moi, ce clip qui a tout démarré, c’est donc celui de la pièce FreaXXX, leur « succès ».

Déjà on remarque la référence porno pas subtile du tout, et complètement gratuite. Deux petits mecs pas encore formés, vêtus de fluo (pour la tendance) et arborant des tatouages tout frais (pour le semblant de crédibilité); l’un donne l’impression d’avoir jeté ses albums des Backstreet Boys la veille, et l’autre, vêtu d’un t-shirt misogyne rose pétant (« Bitches Get Stitches », nous y apprend-on), d’avoir subi une lobotomie inversée qui le fait gueuler sans raison, parfois sur de jeunes filles qui effectuent des girations ridiculement arythmiques.

Bien entendu, un ou deux autres petits joufflus pas beaux se joignent à la danse et s’y frottent impunément, parce qu’ils le peuvent tout simplement, accompagnés d’une mascotte porcine (un clin d’œil à la scène rave qu’ils n’ont jamais connue?) qui se dandine sans but. Il y a des filles dans des boîtes arrière de gros chars (un clin d’œil à la scène hip-hop qu’ils croient connaître?), de la grosse bière cheap bue au goulot, du « bling » et des artéfacts qui se veulent punk sur des synthés tout ce qu’il y a de plus Fuzzy de Laval.

Bref, on nage en plein non-sens de raboutage sans discernement, capitalisant sur un tas d’affaires qui ont déjà été faites et refaites, par surcroît ici complètement dénuées de leur contexte.

Ce serait peut-être charrier un peu de dire qu’ils dénaturent la musique, parce qu’après tout la musique est plus forte qu’une bande d’hormonaux incultes. Mais sans être puriste ni ancestrale, ça me fait sortir de mes gonds, du stock aussi poche. ILS N’ONT PAS LE DROIT D’ÊTRE AUSSI INSUPPORTABLES.

Un manque de conscience de soi, de dignité et d’intérêt, un syndrome aigu d’« après moi le déluge » qui me fait penser, oui, à Paris Hilton.

On regarde la rognure ici : http://www.youtube.com/watch?v=-TH5ibABP4U

 


Incontournables