24 HEURES - Le mercredi 23 janvier 2019

Réhabilitation

08/10/2010 09h27 

Sophie Durocher
Cette semaine, un homme qui a assassiné sa blonde a chanté sur une scène et a été applaudi par la foule; un homme qui a violé une fille de 13 ans s’est promené en liberté dans les rues de Paris où on lui a déroulé le tapis rouge; et un grand cinéaste a rendu hommage à un délateur. C’est dur à avaler.

En effet, le hasard a voulu qu’en l’espace de quelques jours trois artistes qui ont un passé trouble se retrouvent à l’avant-scène.

Bertrand Cantat, qui a été reconnu coupable du meurtre de Marie Trintignant en 2003, a chanté samedi soir lors d’un festival, près de Bordeaux. Sur la vidéo qu’on peut voir sur internet, le public en délire crie tout le long de sa prestation.

Lundi, Roman Polanski qui a fui en 1978 les États-Unis où il avait plaidé coupable à des accusations du viol d’une jeune fille de 13 ans, s’est pointé à une exposition/cocktail en compagnie d’Arielle Dombasle et du réalisateur Costa-Gavras. « Je suis heureux d'être à Paris, de retrouver mes amis », a déclaré le réalisateur de Rosemary’s baby.

Enfin, lundi soir, la chaîne publique américaine PBS présentait Letter to Elia, un hommage de Martin Scorsese à Elia Kazan, le réalisateur de East of Eden, décédé en 2003. En 1952, Kazan avait témoigné devant la commission des activités antiaméricaines et révélé l’identité de huit membres du parti communiste, sabotant leur carrière et leur vie.

Bien sûr, ces trois hommes ont payé cher le prix de leurs erreurs. Cantat a purgé sa peine et passé plusieurs années en prison, Polanski a passé quelques semaines en prison, et quelques mois assignés à résidence. Et Kazan a été le paria de la communauté artistique américaine pendant des décennies.

Je comprends fort bien qu’on leur ait donné à tous les trois une deuxième chance.

Mais ce qui me gêne, c’est qu’on me demande, moi, membre du public, de leur pardonner leurs fautes parce que ce sont de grands artistes. Il faudrait balayer sous le tapis le corps violé d’une jeune fille parce que Polanski est un génie, oublier le crâne fracassé de Marie Trintignant parce que Cantat fait des sacrées bonnes chansons, et justifier la délation de Kazan parce qu’il a lui-même souffert des excès du communisme et qu’il est un des plus grands réalisateurs du 20e siècle?

Désolée : la force de leur œuvre, aussi grandiose soit-elle, n’excusera JAMAIS la bassesse de leurs actions.

 
 

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