Chronique | Mathieu Bock-Côté
«Mon conservatisme»
07/12/2011 09h14
Une précision d'abord. Le conservatisme tel que je l'entends ne recoupe pas celui du gouvernement Harper. Si le conservatisme canadien-anglais ne doit pas être diabolisé, il n'en demeure pas moins flanqué sur sa droite d'un conservatisme social abusivement moralisateur.
Et en tant que Québécois, nous devrions définir nous-mêmes notre rapport avec les grandes philosophies politiques. À partir de notre propre réalité.
Une deuxième précision.Par conservatisme, je ne désigne aucunement une nostalgie pour les années Duplessis. La Révolution tranquille était historiquement nécessaire.Mais je refuse de caricaturer le Québec d'avant 1960 sous les traits de la Grande noirceur. Un peuple qui rejette son passé n'a pas d'avenir.
Voyons ce que ce conservatisme représente. Il répond à la question politique fondamentale posée par notre époque: les sociétés occidentales demeureront-elles des démocraties?
Car la démocratie régresse de manière inquiétante.Par exemple, la censure est de retour, souvent au nom du multiculturalisme. Et les tribunaux, à partir d'une étrange vision desdroits fondamentaux», ont confisqué la souveraineté populaire. La majorité est dépossédée. Enfin, la bureaucratie s'installe par-tout en sacrifiant le bon sens.
La démocratie n'est pas une chose abstraite. Elle n'est rien sans la civilisation qui la rend possible. Cela présuppose que les sociétés occidentales reconnectent avec leur identité historique. À l'heure du citoyen du monde désincarné, le conservatisme nous invite plutôt à renouer avec notre héritage collectif, national comme occidental.
Voilà pourquoi les conservateurs ont une préoccupation particulière pour l'école.L'école est le lieu où une société apprend à ses enfants dans quelle civilisation ils vivent. Quand elle y re-nonce, la société se rabougrit. Sans surprise, on n'y apprend plus rien. Parce qu'on ne veut plus rien transmettre.
J'ajoute une chose. Ce conservatisme n'est pas tout à inventer au Québec.Il existe. Mais il doit se décomplexer.Oser dire son nom. Le termeconservatisme»est pour l'instant une insulte. Il pourrait devenir un étendard pour nommer notre malaise devant les dérives de la modernité.
Pour que l'individu s'épanouisse, on doit lui reconnaître ses droits. Mais il ne peut avoir que des droits. Il a besoin d'une fa-mille. D'une identité collective. D'un pays. Le conservateur est celui qui défend la liberté, mais qui défend aussi ce qui la rend possible.
Cette chronique reflète le point de vue de l'auteur et non celui de 24H.
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