24 HEURES - Le vendredi 14 juin 2019

Si les Ricains n’étaient pas là …

06/07/2011 08h46 

Mathieu Bock-Côté
Vous connaissez Les Ricains, la chanson composée par Michel Sardou? Elle avait fait scandale. Sardou invitait les Français, qui croyaient s’être débarrassés seuls du joug nazi, à manifester un peu de gratitude envers les États-Unis qui avaient joué un rôle immense dans la libération de l’Europe.

On y trouvait ces paroles. « Un gars venu de Géorgie/qui se foutait pas mal de toi/est venu mourir en Normandie/un matin où tu y étais pas. »

Pas mal, non? Je l’écoute tous les 4 juillet. Sardou rappelait comment le destin de l’Europe a reposé sur des milliers d’Américains ordinaires, qui se sont sacrifiés pour elle, alors qu’ils auraient bien pu rester chez eux.

Mais la gratitude envers l’Amérique n’est plus de saison. Au contraire.

L’antiaméricanisme domine. On entend souvent que les Américains sont incultes, idiots, grossiers? L’Amérique? Un vaste centre commercial culturellement sous-développé. Quand les Républicains sont au pouvoir, l’antiaméricanisme vire à l’hystérie.

Il y a quelques années, certains assimilaient George Bush au nazisme.

Tenus à propos de n’importe quel autre peuple, de tels propos seraient assimilés à du racisme, à tout le moins à une désolante manifestation de haine. À propos des États-Unis, on y verra un signe de perspicacité, de progressisme. Détester les USA, ça fait chic.

Pourtant, au vingtième siècle, l’Amérique a été la gardienne de la démocratie dans un monde qui a bien failli en finir avec elle. Contre l’Allemagne nazie, d’abord, qui a industrialisé la barbarie génocidaire. Contre le communisme, ensuite, en protégeant l’Europe occidentale contre l’impérialisme de l’armée rouge. Sans l’Amérique, l’Europe occidentale aurait bien pu se recouvrir de goulags.

Cela veut-il dire que l’Amérique soit irréprochable? Bien sûr que non. À sa manière, l’Amérique est un empire, et la guerre d’Irak ­représente le dernier exemple en date des dérives inévitables de son hégémonie. L’Amérique a ses intérêts ­propres et n’hésite pas à les défendre en faisant usage de moyens considérables. Mais connaît-on une seule nation qui ne fait pas de même et qui ne mène pas la politique de ses intérêts?

J’irais plus loin. Entre une éventuelle gouvernance globale associée à l’ONU et la souveraineté américaine, je n’hésite pas un seul instant : je préfère l’hégémonie douce des États-Unis à une bureaucratie mondialisée. Ou pire encore, à une éventuelle hégémonie chinoise. Étrange mais vrai : il existe des empires bienveillants.

J’entends les sceptiques. Vraiment Monsieur le chroniqueur, Vive l’Amérique? Oui, Vive l’Amérique.

 
 

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