24 HEURES - Le samedi 24 septembre 2016

Twittérature?

29/06/2011 09h07 

Mathieu Bock-Côté
Laissez-moi vous parler de la dernière mode pédagogique appelée à saboter l’école québécoise : utiliser Twitter en classe, en faire un moyen d’apprentissage exemplaire.

Twitter? Je parle de ce réseau social où vous devez condenser votre « pensée » en 140 caractères. Twitter : le paradis de la pensée écourtée, du vocabulaire charcuté, de la boutade abrégée.

Une idée folle? Très exactement. Mais l’introduction de Twitter en classe est symptomatique d’un dérèglement plus profond de l’éducation.

C’est une question fondamentale. À quoi doit servir l’école? Doit-elle partir de l’enfant et de ses désirs, l’inviter à se prendre pour le centre de l’univers? Doit-elle plutôt l’introduire à un monde qui n’est pas le sien, qui le précède et lui survivra, et qui ne se pliera pas à ses caprices? Dans le premier cas, l’école cajole. Dans le deuxième, elle impose.

La bonne réponse est la deuxième.

Cela implique une revalorisation de l’autorité dans une société qui en a peur. Car s’il y a un lieu où l’autorité doit s’affirmer, c’est bien l’école. Je parle de l’autorité de la culture, du savoir. Et de l’autorité de celui qui enseigne.

À l’école, on devrait être dérobé aux sollicitations perpétuelles du quotidien. Cela passe par une culture de l’effort. Il faut introduire l’enfant à un monde qui n’est pas spontanément le sien et qui ne le sera probablement jamais si on ne le contraint pas à le découvrir. Le plus délicieux des exotismes, celui de la connaissance, a un prix.

L’école est le seul endroit où le jeune rencontrera l’œuvre de Balzac, entendra parler des guerres napoléoniennes, s’introduira à la lecture des grands philosophes. C’est là qu’on lui transmettra — peut-être — les codes fondamentaux de notre civilisation.

C’est à l’école qu’il faut lire de vieux livres qui sont devenus des classiques, qui ont justement pour vertu de ne pas appartenir à l’univers immédiat de l’élève, pour lui montrer que le monde est plus vaste que ne le suggère sa brève existence. Le monde extérieur est frénétique? C’est justement pour cela que l’école ne doit pas l’être.

L’école doit montrer que la culture est porteuse d’une sensualité bien plus envoûtante que l’excitation frénétique associée aux nouvelles technologies : je parle de la sensualité du savoir, qui suppose l’approfondissement d’une œuvre, la lecture patiente d’un livre.

Ernest Renan disait que « le moyen d’avoir raison dans l’avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé ». Il avait raison.

 
 

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