24 HEURES - Le samedi 23 septembre 2017

La modestie peut tuer

22/06/2011 09h10 

Mathieu Bock-Côté
Je m’amuse souvent à balancer deux boutades sur la modestie. La première, que la modestie est la vertu de ceux qui n’en ont pas d’autres. La deuxième, que les gens modestes ont normalement d’excellentes raisons de l’être.

Pourquoi? D’abord, parce que c’est exact. Pensons à De Gaulle, à Churchill. Ils étaient assurés de leur destinée. Les grands hommes ne s’imaginent pas se fondre dans les anonymes.

Quant aux grands artistes, je ne crois pas qu’ils doutent sérieusement de leur génie créateur. Sont-ils étrangers à l’inquiétude? Bien sûr que non. Mais elle les incite à se dépasser, pas à se recroqueviller.

Mais surtout, ces boutades, je les balance comme autant de provocations devant une faiblesse logée au cœur de la culture québécoise : sa valorisation pathologique de la modestie, son amour immodéré du petit et du paumé.

La culture de la modestie à la québécoise n’a rien à voir avec celle du vieux sage relativisant les « choses de la vie », non plus qu’avec celle d’un homme simple accomplissant son devoir sans chercher les honneurs.

Non, notre modestie est celle d’une société qui préfère la proximité à la grandeur et qui s’imagine aisément le premier ministre dans le rôle du beau-frère. C’est une question récurrente chez les sondeurs : « Avec quel politicien aimeriez-vous prendre une bière? » Les Québécois ont surnommé René Lévesque « Ti-poil » et n’ont jamais pardonné à Jacques Parizeau de ne pas être un homme comme un autre. S’il avait fait pitié, peut-être aurait-il su faire saigner le cœur des foules?

L’hypermodestie québécoise vient avec la manie du « tout le monde il est beau, il est fin, il est gentil ».

Imaginez la plus belle des femmes, reine des cœurs. Imaginez ensuite une femme à barbe. N’allez jamais dire que la première est objectivement plus belle que la seconde. Sa majesté l’idée d’Égalité ne vous le pardonnera jamais. Délicatesse? Peut-être. Hypocrisie? Surtout.

Plus sérieusement, à l’école, on refuse la moyenne permettant de situer l’élève face au groupe. Elle heurterait apparemment l’estime de soi des moins doués. Notre société ne tolère pas les distinctions. Au mieux, elle s’imagine des différences, toutes équivalentes. Pour ménager les égos, on nous dit tous égaux. L’égalité à la québécoise? Couper ce qui dépasse!

Nietzsche disait que « plus on vole haut », plus on semble petit pour ceux qui ne savent pas voler. Un peu moins gentil, beaucoup moins gnangnan, notre Québec ira mieux. Bonne Saint-Jean 2011!

 
 

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