24 HEURES - Le mardi 28 mars 2017

Bixiland!

18/05/2011 10h26 

Mathieu Bock-Côté
La controverse entourant les Bixis n’est pas qu’une affaire de gros sous ou de mauvaise gestion. Évidemment, ils sont coûteux. Cent six millions pour conserver le programme! Les contribuables grognent légitimement. Mais la controverse est plus profonde.

On le sent bien, Gérald Tremblay n’a pas sauvé qu’un programme, mais un symbole, celui d’un transport écologique en milieu urbain et d’un transport collectif, personne n’étant propriétaire de son Bixi. Étrange mais vrai : le Bixi est devenu un enjeu idéologique.

Question d’époque : on le sent bien, pour plusieurs, le vélo n’est pas qu’un moyen de transport mais fait partie du kit du citoyen vert exemplaire, qui n’est pas sans suffisance morale. Il arrive souvent que le vélo ne serve pas qu’à se déplacer ou s’amuser, mais à se définir socialement.

En fait, Bixi est devenu un des symboles de la nouvelle identité montréalaise. Montréal? Bixiland! Une ville festive, dévouée à son art de vivre, où les quartiers comme le Plateau deviennent autant de laboratoires pour une certaine gauche en manque d’innovations. Pourtant, autant le Bixi est le symbole du Montréal branché, autant il incarne pour ses détracteurs tout ce qui ne va pas à Montréal : une ville masquant sa paralysie derrière des symboles faciles financés par une classe moyenne surtaxée.

Car le Bixi des uns n’est pas celui des autres. Tous le savent, il y a une « guerre » urbaine entre les automobilistes et les cyclistes. Les premiers s’exaspèrent de rouler dans les rues d’une ville qui semble à peine se relever d’un bombardement d’artillerie. Les seconds agissent souvent comme chevaliers de l’armée verte, à la vertu si supérieure qu’elle leur épargne le respect de la signalisation routière.

Qu’on me comprenne bien. Il ne s’agit pas de dénoncer le vélo, les sushis, les cafés tendance ou je ne sais quel autre symbole de l’urbanité contemporaine. Personne ne demande à une métropole cosmopolite et sophistiquée de se comporter en ville-dortoir. Montréal n’est pas Mascouche.

Le problème? Cette urbanité n’est pas exempte d’une part de mépris pour son envers, la banlieue, et plus encore pour celui qui l’incarne, l’automobiliste, souvent diabolisé. Le maire du Plateau Luc Ferrandez incarne ce mépris de manière caricaturale. Ce mépris est de trop.

Quoi qu’il en soit, derrière les passions soulevées par les Bixis, c’est l’image de la métropole qui est en jeu. Le Bixi est devenu le symbole de ce qu’on aime ou qu’on n’aime pas à Montréal.

 
 

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