24 HEURES - Le vendredi 14 juin 2019

La faute à Israël?

09/11/2010 08h38 

Mathieu Bock-Côté
Israël est au centre de l’actualité. Comme d’habitude, ils sont nombreux à faire la file pour faire son procès. Les théoriciens du complot n’en finissent plus de disserter sur l’axe « américano-sioniste» et s’en donnent à cœur joie. Contre Israël, les pires calomnies sont encouragées.

Antisémitisme? L’explication est trop simple. S’il est vrai qu’un certain antisémitisme a cherché à se respectabiliser sous les traits de l’« antisionisme », il serait faux de croire que les sociétés occidentales sont traversées par la haine du peuple juif. Le poison de l’esprit qu’est l’antisémitisme n’irrigue plus nos sociétés.

Je propose une autre explication.

Notre époque ne tolère plus la souveraineté des nations. Elle voudrait la sacrifier sur l’autel d’une gouvernance mondialisée, exclusivement régulée par le droit international, pour nous transformer en petits citoyens du monde. Ce détestable machin bureaucratique qu’on appelle l’ONU devrait désormais être considéré comme le forum exemplaire de la démocratie planétaire.

Mais Israël n’adhère pas aux fadaises de la gauche transnationale et n’accepte pas l’idée que la « communauté internationale » se substitue à sa souveraineté lorsque vient le temps de prendre les décisions qui touchent à sa survie. Israël prend au sérieux sa souveraineté et s’entête à l’exercer sans complexe.

Israël a raison. Car quoi qu’en disent ses théoriciens, la gouvernance mondiale demeure une fiction idéologique entretenue par une gauche cosmopolite qui rêve d’un monde sans frontières, comme si ces dernières n’étaient pas la condition d’une civilisation bien ordonnée. Les bonnes frontières font les bons voisins.

Surtout, Israël sait bien que les donneurs de leçons ne seront pas là quand sa survie dépendra de sa nécessaire vigueur militaire. Israël sait bien qu’elle ne peut compter sur les militants intoxiqués au pacifisme intégral pour se défendre quand on l’attaquera. Israël prend sa souveraineté au sérieux parce qu’elle n’a pas d’autre choix.

Évidemment, on peut légitimement critiquer la politique israélienne. Mais plusieurs ont l’indignation asymétrique. Dès qu’il s’agit de condamner une bavure israélienne, ils se ruent au micro. Fort bien. Mais ils se font silencieux quand une bombe éclate dans un autobus à Tel Aviv. Deux poids, deux mesures?

Il faut tirer la leçon du XXe siècle. Après avoir frôlé l’annihilation à cause d’un nazisme génocidaire, le peuple juif a trouvé dans le sionisme le moyen de fonder son propre État, une démocratie libérale prospère dans une région où la tyrannie est la norme. J’avoue ma profonde sympathie pour ce grand peuple.

 
 

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