24 HEURES - Le samedi 10 décembre 2016

Le groupe État islamique au coeur du débat républicain

15/12/2015 22h52 

Donald Trump et Ted Cruz.
Photo Robyn Beck / AFP

LAS VEGAS, États-Unis - La guerre contre les jihadistes de l'organisation État islamique et la proposition de Donald Trump d'exclure les musulmans des États-Unis ont dominé le cinquième débat des candidats aux primaires républicaines mardi à Las Vegas.

«L'Amérique est en guerre», a annoncé le sénateur du Texas Ted Cruz. «Notre liberté est attaquée», a dit Jeb Bush. «Notre pays est hors de contrôle», a tonné Donald Trump, le milliardaire en tête des sondages, dans ce débat entre neuf candidats à l'hôtel The Venetian, dominé par les conséquences des attentats de Paris et de San Bernardino.

Les candidats, les uns après les autres, ont gravement énuméré les menaces terroristes, islamistes, radicales, jihadistes pour s'interroger, comme au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, sur l'équilibre approprié entre sécurité nationale et protection des libertés individuelles et de la vie privée -- et en promettant fermeté et détermination face à la faiblesse supposée du président démocrate, Barack Obama.

Seule voix discordante sur ce sujet, le sénateur Rand Paul, représentant de l'aile libertaire du parti républicain. «Quand on exclut certaines religions, quand on censure internet, les terroristes ont gagné», a-t-il argué. 

Les candidats ont pris pour punching ball commun Barack Obama, obsédé selon eux par un «politiquement correct» qui aurait affaibli les défenses de l'Amérique, par exemple en acceptant des réfugiés syriens.

«Je comprends pourquoi Donald a fait sa proposition», a dit Ted Cruz. «Nous stopperons les attaques terroristes avant qu'elles se produisent car nous ne seront pas prisonniers du politiquement correct».

Le débat est revenu sur les loupés des services de renseignement, qui n'ont pas su repérer le couple américano-pakistanais qui a tué 14 personnes en Californie, et avant eux les frères Tsarnaev, auteurs des attentats du marathon de Boston en 2013.

Des candidats ont dénoncé l'administration Obama qui n'aurait pas osé aller fouiller dans leurs communications sur les réseaux sociaux.

«Tous les parents d'Amérique vérifient les réseaux sociaux et tous les employeurs le font aussi. Mais l'État ne peut pas le faire?» s'est interrogée Carly Fiorina, ex-PDG d'Hewlett Packard. Elle s'est vantée d'avoir collaboré avec la NSA, l'agence de renseignement électronique, lorsqu'elle était aux commandes du géant informatique.

Débat sur la NSA

Donald Trump a plaidé pour la fermeture de certains pans d'internet en Syrie ou en Irak, et juré que sous sa présidence, les Américains pénètreront «l'internet pour savoir exactement où se trouve l'EI».

«L'EI utilise l'internet mieux que nous», a dit le milliardaire. «Vous me parlez autant que vous voulez de liberté d'expression, je ne veux pas qu'ils utilisent notre internet».

À la mi-temps, l'affrontement entre les deux premiers dans les sondages -- Donald Trump (33 % des intentions de vote en moyenne) et Ted Cruz (16 %) -- n'avait pas eu lieu.

Mais des dissensions entre les faucons conservateurs et les partisans d'une ligne plus libertaire sont apparues sur l'ampleur des pouvoirs à donner aux services de renseignement américains, et notamment à l'Agence de sécurité nationale (NSA).

Marco Rubio, sénateur de Floride, a regretté que la dernière réforme de la NSA, prohibant la collecte systématique des métadonnées téléphoniques par l'agence, ait été approuvée par certains de ses rivaux.

Et plusieurs ont sonné l'alarme sur le cryptage des communications de certains services internet, impénétrables par les forces de l'ordre, certains souhaitant forcer la Silicon Valley à coopérer avec les autorités. 

Les flèches les plus acerbes contre le leader de la course sont venues, une fois encore, de Jeb Bush.

«Donald, vous ne gagnerez pas la présidence en insultant tout le monde», a dit le frère cadet du dernier président républicain, George W. Bush.

«Jeb est gentil, mais nous avons besoin de fermeté», a éludé Donald Trump.

L'homme d'affaires n'a pas brillé dans ce débat, mais il ne s'était pas non plus distingué dans les joutes précédentes. Cela ne l'a pas empêché de maintenir une avance considérable sur ses adversaires.

Son populisme anti-immigrés et anti-musulmans fait mouche auprès d'une partie croissante de l'électorat conservateur, alors que les primaires commenceront le 1er février. Selon un sondage Washington Post/ABC, 59 % des électeurs républicains approuvent son idée de fermer temporairement les frontières aux musulmans.

Le sénateur Lindsey Graham, dans un débat parallèle organisé pour les petits candidats, s'est dit révulsé par l'idée. «Au moins 3500 américains musulmans servent dans notre armée», a-t-il déclaré. «Votre religion n'est pas l'ennemie».

 
 

Incontournables