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Commission vérité et réconciliation: Trudeau accepte le rapport

15/12/2015 17h09 

Photo Chris Wattie / Reuters

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OTTAWA - Le premier ministre Justin Trudeau a accepté mardi le rapport final de la Commission de vérité et réconciliation (CVR) du Canada sur les pensionnats autochtones, en réitérant du même coup son engagement à renouveler la relation entre les Premières Nations et le Canada.

Le rapport final de la CVR a été rendu public mardi à Ottawa lors d'une cérémonie empreinte d'émotions. M. Trudeau a d'ailleurs, comme d'autres, versé des larmes en entendant certains témoignages. Il a garanti que son gouvernement travaillera à mettre en oeuvre intégralement les 94 appels à l'action (recommandations) de la CVR.

«Nous devons pleinement accepter nos responsabilités et nos manquements en tant que gouvernement et pays», a déclaré Justin Trudeau.

M. Trudeau a indiqué qu'il rencontrera des organisations autochtones nationales dès mercredi pour entreprendre une conversation sur les façons d'aller de l'avant en vue de la réconciliation.

Le travail est déjà commencé, a-t-il cependant affirmé, avec le lancement la semaine dernière de la première phase de l'enquête sur les femmes et les filles autochtones assassinées et disparues, l'une des recommandations de la CVR.

M. Trudeau a aussi annoncé qu'Ottawa oeuvrera avec différents partenaires afin de préparer un cadre national sur la réconciliation, qui inclura une réponse formelle aux recommandations de la CVR.

La Commission dirigée par le juge Murray Sinclair a entendu au cours des six dernières années les déclarations de plus de 6750 survivants et témoins des pensionnats indiens. Ces pensionnats ont existé pendant quelque 150 ans au Canada dans le but, essentiellement, d'assimiler les enfants autochtones.

Environ 150 000 jeunes autochtones, Métis et Inuits, ont été enlevés à leur famille. Plusieurs ont été victimes de violence sexuelle et ont subi divers sévices.

De nombreuses personnes ont qualifié les pensionnats de tentative de «génocide culturel».

Madeleine Basile, une survivante d'un pensionnat au Québec, a raconté lors de la cérémonie être partie au pensionnat à l'âge de six ans après la perte de son père. «C'est vraiment un déracinement», a expliqué Mme Basile, qui a passé dix ans dans un pensionnat.

«Je suis vivante», s'est exclamée cette mère de famille, soulevant les applaudissements des personnes assistant à la cérémonie.

Les recommandations

Parmi les recommandations de la CVR, on retrouve notamment la demande d'un engagement des gouvernements provinciaux, territoriaux et des Premières Nations à éliminer au cours de la prochaine décennie la surreprésentation des jeunes autochtones en détention.

Le rapport recommande aussi que plusieurs professionnels, comme les fonctionnaires, les enseignants et les avocats, reçoivent une formation appropriée sur la culture autochtone et sur l'histoire et les séquelles laissées par les pensionnats.

M. Sinclair a indiqué en conférence de presse qu'il souhaite que le gouvernement procède rapidement à la mise en œuvre des appels à l'action.

«J'aimerais voir ça de mon vivant», a-t-il déclaré.

Le volumineux rapport de la Commission a notamment permis de constater qu'on manque d'informations sur les élèves qui sont décédés dans les pensionnats.

Près du tiers (32 %) des 3201 jeunes décédés n'ont pas été identifiés par le gouvernement ou la direction de l'établissement où ils avaient été placés. On dénombre aussi 747 décès pour lesquels le sexe de l'élève n'a pas été précisé. Le document indique que la majorité des 3201 décès est survenue avant 1940.

Le rapport mentionne cependant que la cause des décès dans presque la moitié (49 %) des cas n'a pas été indiquée par le gouvernement ni par les pensionnats, administrés par des communautés religieuses.

Les élèves étaient logés dans des installations mal construites, mal chauffées, mal entretenues, surpeuplées et souvent insalubres, rappelle la Commission dans son rapport, précisant aussi que bon nombre de ces pensionnats n'avaient pas accès à du personnel médical formé.

Le gouvernement a commencé à mettre un terme à ces institutions dans les années 1970 et le dernier pensionnat a été fermé en 1996. On en comptait 139 au pays, dont une dizaine au Québec.

 
 

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