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Tués à cause des canards: Czornobaj jugée coupable

20/06/2014 11h06 - Mise à jour 20/06/2014 14h37

Emma Czornobaj.
Photo Archives / Agence QMI
MONTRÉAL - Emma Czornobaj a immobilisé sa voiture sur l'autoroute 30 pour laisser passer huit canards, le 27 juin 2010, à Candiac. Elle risque maintenant de se retrouver derrière les barreaux puisqu'elle a été déclarée coupable de négligence criminelle et de conduite dangereuse ayant causé la mort d'un motocycliste et de sa fille, vendredi.

La jeune femme de 25 ans a éclaté en sanglots après avoir entendu la jurée numéro quatre répéter le mot «coupable», en fin de matinée, au palais de justice de Montréal.

Assise dans le fond de la salle d'audience, Pauline Volikakis était elle aussi en larmes. Mais ses pleurs n'avaient pas la même signification. Les deux victimes dans cet accident inusité étaient son mari, André Roy, 50 ans, et leur fille Jessy, 16 ans.

«J'espère que cela envoie un message clair à la société qu'on ne s'arrête pas sur l'autoroute pour des animaux. Ça n'en vaut pas la peine», a commenté Me Annie-Claude Chassé, la procureure de la poursuite dans cette affaire hors du commun.

«Sous le choc»

Le verdict est tombé non sans surprise puisque jeudi en fin de journée, les dix hommes et deux femmes composant le jury avaient laissé entendre à la juge Eliane Perreault qu'il y avait de la dissension entre eux.

La juge leur avait demandé de poursuivre les délibérations entamées mardi, afin de s'entendre sur une décision unanime. Sans quoi elle n'aurait d'autre choix que d'ordonner «un nouveau procès à une date ultérieure, devant un nouveau jury».

De façon exceptionnelle, la juge Perreault a même interrogé chacun des 12 jurés après l'annonce des verdicts de vendredi, pour s'assurer qu'ils endossaient vraiment cette décision.
Une heure après avoir connu le sort que lui réservait le jury, Emma Czornobaj a quitté le palais de justice en cachant son visage derrière un journal, sans s'adresser aux journalistes.

«Elle est sous le choc, a dit son avocat, Me Marc Labelle. Déjà, le fait d'avoir causé deux décès était quelque chose de terrible pour elle. Elle est très émotive en ce moment.»

«Continuer avec nos vies»

Après huit jours de procès et deux jours et demi à attendre la fin des délibérations du jury, la famille des victimes a exprimé le souhait de pouvoir «passer à autre chose, continuer avec nos vies et qu'on aille vers l'avant.»

«Vous savez, dans tout ça, je ne souhaite rien. Je ne souhaite pas de malheur à personne. Ça ne nous ramènera pas ceux qu'on a perdus», a commenté Pauline Volikakis, une vive émotion dans la voix.

La mère a poliment refusé de dire si elle souhaitait que la jeune conductrice soit condamnée à une peine d'emprisonnement ferme. «Désolée, je ne veux pas rentrer là-dedans», a-t-elle dit avant de tourner les talons.

Emma Czornobaj est passible de l'emprisonnement à perpétuité, selon ce que prévoit le Code criminel, mais cela s'applique au «pire criminel dans le pire des cas».

La Couronne n'a pas précisé ce qu'elle entend réclamer comme sentence, jeudi. La suite du dossier a été fixée le 8 août.

En appel?

Selon Me Labelle, il est d'ores et déjà acquis que sa cliente ne pourra pas bénéficier d'une peine de détention à purger dans la collectivité. Ce qu'il trouve «injuste» dans les circonstances.

«Ce n'est plus possible dans les délits où il y a un décès depuis que la loi a été changée, en 2007, a-t-il expliqué. C'est la première fois en 30 ans de carrière que je vois un cas semblable, où une personne n'ayant aucune intention criminelle est trouvée coupable de négligence criminelle. Il n'y a pas d'alcool, de drogue, de vitesse ou de course dans ce dossier. La loi n'est pas adaptée à un cas semblable.»

C'est pour cela que la défense envisage de s'adresser à la Cour d'appel dans ce dossier.

Me Labelle a tout de même évoqué la possibilité de demander à la juge Perreault de prononcer une «peine suspendue» - soit l'équivalent d'une probation de trois ans ou moins, qui permettrait à Emma Czornobaj d'éviter la prison si elle ne commet pas d'autre crime durant cette période - assortie de travaux communautaires.

La jeune femme a fait des études universitaires en administration et elle travaillait comme analyste financière dans une banque, un emploi qu'elle a perdu après l'accident.

 
 

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