24 HEURES - Le mardi 19 juin 2018

Consultations publiques sur la charte de la laïcité

Un débat qui pourrait déraper

14/01/2014 09h19 

Bernard Drainville, ministre chargé du projet de la charte sur la laïcité.
Stevens Leblanc/Agence QMI

Alors que les consultations publiques sur le projet de charte de la laïcité du gouvernement Marois débutent aujourd'hui, plusieurs spécialistes s'entendent pour dire que les Québécois en verront de toutes les couleurs.

«Les consultations publiques vont représenter les petits groupes excités, qui vont lancer leur cri du cœur. Les chances qu'il y ait des propos raisonnables, intelligents et utiles m'apparaissent faibles», estime le professeur de sciences politiques à l'Université du Québec à Montréal, Julien Bauer.

Selon lui, il n'y aura pas de place à la modération dans le processus de consultation.

«Ce sont des gens qui vont lancer des phrases-chocs pour faire parler d'eux. Plus les gens vont dire des énormités, mieux c'est pour le gouvernement, qui cherche à pousser la confrontation», affirme le professeur de confession juive.

Ce dernier prétend que le gouvernement minoritaire utilise les consultations publiques pour détourner l'attention sur les vrais enjeux.

«Au lieu de parler de budget, on va parler de kippa. Ça va être une espèce de show qui permet de détourner l'attention», conclut-il.

Plus qu'une simple loi

De son côté, le professeur à la Faculté de droit de l'Université de Montréal, Jean-François Gaudreault-Desbiens, s'explique mal la raison pour laquelle le ministre Bernard Drainville a indiqué qu'il y aurait peu de place à la négociation.

«Une charte, c'est plus qu'une simple loi. C'est normal qu'il y ait des consultations, mais si le gouvernement n'entend pas écouter les arguments présentés devant la Commission, à quoi tout cela sert?», se questionne le professeur.

Ce dernier est tout de même convaincu qu'un consensus pourrait découler des consultations, notamment en ce qui a trait à la neutralité de l'État et les balises concernant les accommodements religieux.

Un processus représentatif ?

L'ancien conseiller municipal à Hérouxville, André Drouin, qui avait fait parler de lui à travers la planète avec son Code de vie sur les accommodements raisonnables interdisant notamment la lapidation, se questionne sur la nécessité des consultations publiques.

«Tous les arguments ont été produits, je ne m'attends pas à ce qu'il y en ait de nouveaux», lance M. Drouin.

Contrairement aux professeurs, ce dernier pense que le processus de consultations va véritablement représenter le pouls des Québécois sur le dossier.

«Je n'ai aucune misère à confirmer qu'il y plus de 80% des Québécois qui ne veulent pas d'accommodements pour les religions. Et il ne devrait pas y en avoir si l'on veut assurer une paix sociale au Québec», plaide-t-il.

 
 

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