24 HEURES - Le vendredi 14 juin 2019

Projet «Réservé aux danseurs»

Du breakdance en béquilles

20/12/2013 09h38 

Lui-même handicapé, Luca «Lazylegs» Patuelli offre des cours de danse aux jeunes âgés de 3 à 35 ans avec des besoins particuliers.
Photo Ewan Sauves/24h
Adepte du breakdance, un Montréalais atteint d'un handicap sévère utilise ses béquilles pour danser. Luca Patuelli s'est donné une mission : rendre tous les studios de danse du Québec accessibles aux personnes handicapées.

Lorsqu'il porte sa casquette et ses chaussures de danse, pas question qu'on l'appelle Luca Patuelli. Sur la piste, on le surnomme «Lazylegz».

Arthrogrypose

Luca est né atteint d'arthrogrypose, un handicap qui affecte les jointures et les os du corps. Il a fondé en 2012 le projet Réservé aux danseurs (RAD), une organisation spécialisée pour les personnes atteintes d'une déficience physique, intellectuelle ou d'un trouble envahissant du développement.

Depuis quelques mois, «Lazylegz» et sa femme Melissa Emblin, qui ne souffre pas d'un handicap, se promènent dans les écoles secondaires de la province pour faire bouger cette clientèle souvent laissée de côté.

«Le changement qu'on voit, c'est incroyable. La participation sociale, la confiance en soi… ils changent, ils grandissent, expliquent Luca et Melissa, dans une salle de classe de l'École secondaire de la Pointe-aux-Trembles, où ils ont passé la journée à danser. Ce n'est pas parce qu'on est en fauteuil roulant ou qu'on est différent qu'on ne peut pas bouger.»

Âgé de 29 ans, Luca «Lazylegz» Patuelli est une référence dans le milieu. À l'adolescence, après 16 chirurgies, Luca choisit la planche à roulettes et le breakdance comme passe-temps favoris.

«Je faisais du skateboard avec mes genoux, j'utilisais mes appuis pour danser, se remémore-t-il. En fait, je faisais tout ce que les jeunes de mon âge faisaient, mais à ma façon.»

Plus qu'un passe-temps

Sans la danse, il ne serait rien, confie-t-il. «Elle m'a donné la confiance en moi, ça m'a permis de devenir l'homme que je suis aujourd'hui, dit-il le sourire en coin. Quand je danse, c'est comme si je n'ai pas de handicap, je suis moi-même.»

En 2007, Luca a réuni cinq danseurs des quatre coins du globe, tous atteint de handicaps avancés. Il a nommé son équipe ILL-Abilities.

«On a voyagé autour du monde pour inspirer les gens et participer aux plus grandes compétitions de danse, mentionne-t-il fièrement. Ensemble, on partage ce message : pas d'excuses, pas de limites.»

Convertir les studios de danse

«Pas d'excuses, pas de limites» est d'ailleurs le mantra du projet RAD.

Depuis 2012, Luca et sa femme Melissa essaient de convaincre les grandes salles de danse de devenir accessibles aux personnes atteintes de handicaps. Selon eux, les besoins ne sont pas adaptés.

«On trouve des studios, on entre et on demande : aimeriez-vous faire un partenariat avec nous? On veut les rendre accessibles, former les professeurs, les sensibiliser aux maladies, etc.», explique Melissa Emblin.

Jusqu'à présent, trois écoles de danse (deux à Montréal et une à Laval) ont été converties et «certifiées par RAD».

«Je veux être un bon modèle pour les jeunes, j'ai le pouvoir de l'être, alors je veux faire une différence, affirme Luca. Je suis quelqu'un de très ambitieux, je veux que le projet RAD devienne le nouveau Zumba dans cinq ans!»

ewan.sauves@quebecormedia.com

 
 

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