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Nouveau procès «absolument nécessaire», plaide la Couronne

30/09/2013 10h49 - Mise à jour 30/09/2013 13h46

Guy Turcotte
Photo Agence QMI / Archives

MONTRÉAL - La Couronne a plaidé pour la tenue d'un nouveau procès dans l'affaire Guy Turcotte, lundi, devant la Cour d'appel, estimant que «justice n'a pas été rendue» parce que l'ex-cardiologue était «lui-même responsable de son état» au moment de poignarder à mort ses deux enfants, le 20 février 2009, à Piedmont.

Me Pierre Pennou, représentant du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), a argué que le juge du procès de l'ex-cardiologue pour le meurtre prémédité d'Olivier, 5 ans et d'Anne-Sophie, 3 ans, a commis des erreurs de droit "fondamentales" dans ses instructions au jury qui a déclaré l'accusé non responsable pour cause de troubles mentaux, le 5 juillet 2011.

En présence d'Isabelle Gaston - la mère des deux victimes - assise dans la première rangée de la salle d'audience, Me Pennou a reproché au juge Marc David d'avoir donné aux 11 jurés la possibilité de rendre ce verdict de non responsabilité criminelle même si Turcotte était également intoxiqué au méthanol après avoir bu du lave-glace au moment de commettre l'irréparable.

Or, selon l'appelant, cette option n'aurait pas dû compter parmi les verdicts possibles au motif que l'état d'intoxication de Turcotte était «volontaire».
De plus, Me Pennou a ajouté que le trouble d'adaptation avec humeur anxieuse et dépressive dont Turcotte souffrait alors «ne suffisait pas à expliquer son état d'incapacité, ses idées délirantes et ses gestes hors du commun». Turcotte avait asséné un total de 46 coups de couteau aux deux bambins.

«C'est tellement vrai que l'idée irrationnelle d'amener ses enfants avec lui dans sa crise suicidaire disparaît dès qu'on le retrouve après les événements, ce qui est très significatif», a avancé Me Pennou devant les juges Nicole Duval Hesler, François Doyon et Jacques Dufresne.

La défense riposte

Les juges ont cependant fait valoir qu'au procès, la poursuite n'a que peu ou pas contesté l'ouverture d'un verdict de non responsabilité au jury par le juge David.

«Si la Cour trouve que justice n'a pas été rendue, elle doit intervenir», a répondu le procureur, en laissant entendre que ses collègues de la Couronne s'étaient bel et bien opposés, mais que l'idée du juge du procès était faite.

L'avocat de Guy Turcotte a répliqué en insistant pour dire que l'intoxication au méthanol n'avait «jamais été l'instrument déclencheur» du drame.

«Cet homme-là n'avait encore rien pris qu'il concentrait tout ce qu'il avait de vivant à mourir, a dit Me Pierre Poupart, en s'appuyant sur les témoignages des psychiatres experts entendus en défense au procès. Son cerveau ne fonctionnait déjà plus de façon normale et rationnelle et le méthanol n'a fait qu'aggraver son état.»

Me Poupart a aussi dit que le trouble d'adaptation dont son client était affligé «n'est pas une plaisanterie" mais plutôt une maladie "très proche de la dépression majeure».
L'avocat de la défense a également rappelé qu'au procès, la poursuite considérait que l'intoxication au lave-glace de Turcotte «n'avait pas joué un rôle important» dans ces crimes, que Me Poupart a qualifié de «démence».

Guy Turcotte et son ex-conjointe, l'urgentologue Isabelle Gaston, s'étaient séparés quelques semaines avant le drame. La Couronne avait plaidé au procès que Turcotte était motivé par la rage et le désir de vengeance envers son ex-conjointe au moment de la tragédie de Piedmont.

Isabelle Gaston a réagi en déclarant aux journalistes qu'elle n'était «pas impressionnée» par les arguments de la défense.

«Il y a vraiment un problème avec les témoignages d'experts. Je suis quand même confiante», a dit l'urgentologue, en se disant «toujours sous le choc» de ce verdict.

 
 

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