24 HEURES - Le mardi 16 octobre 2018

Sollicitation du PLQ dans les synagogues

Le PQ réclame une enquête du DGEQ

17/09/2013 00h47 - Mise à jour 17/09/2013 09h14

«Avec eux [les libéraux], c’est du donnant donnant, du retour d’ascenseur en échange de privilèges et de sommes d’argent», a commenté le ministre Pierre Duchesne.
Photo Archives / Agence QMI
La stratégie de financement controversé auprès de la communauté juive par le Parti libéral du Québec (PLQ), révélée par 24 h hier, a provoqué une véritable tempête à Québec. Le Parti québécois (PQ) demande au Directeur général des élections du Québec (DGEQ) d'enquêter.

Le PLQ a sollicité le vote et l'argent des membres de la communauté juive à même les lieux de culte. Nous révélions, hier, que des lettres portant le logo du PLQ et signées par des députés, avaient fait leur apparition dans des synagogues de Montréal, au même moment où les Québécois sont des plus divisés sur la question de la Charte des valeurs québécoises.

Dans une lettre obtenue par notre journaliste dans une synagogue de Dollard-des-Ormeaux, le député de Robert-Baldwin, Pierre Marsan, a rappelé les «généreuses contributions et [le] permis de garderie» que son gouvernement a octroyés à la communauté juive de l'Ouest-de-l'Île.

«Nous vous demandons de renouveler votre carte de membre du Parti libéral du Québec ou de le devenir si vous ne l'êtes pas encore», peut-on lire.

Méthodes fustiées

La Coalition Avenir Québec (CAQ) n'a pas tardé à réagir, hier, en convoquant les médias à un point de presse. Furieux, le leader-parlementaire, Gérard Deltell, a fustigé les méthodes de financement du parti de Philippe Couillard.

«C'est scandaleux et ignoble. De mémoire, je n'ai jamais vu, comme observateur politique et depuis que je suis député, un parti politique sollicité des dons à la porte de lieux de culte, a pesté M. Deltell. C'est du jamais, c'est de l'inédit.»

Surtout, le député caquiste a estimé que le PLQ joue sur la peur de la communauté juive face à la charte, en plus de faire un lien «douteux» entre les actions des précédents gouvernements libéraux et les contributions faites à des organismes juifs.

«Tony Tomassi, sors de ce corps! C'est exactement ce qu'on a reproché à Tony Tomassi : faire du financement en fonction des places en garderie», a-t-il dit.

La CAQ déposera, mardi, une motion sans préavis contre la sollicitation de contributions politiques dans les lieux de culte.

«Les 48 députés libéraux auront l'occasion de dire si oui ou non ils endossent les nouvelles pratiques de financement de leur chef Philippe Couillard, a ajouté Gérard Deltell. M. Marsan a fait une méchante bourde, pas juste à peu près, mais ça appartient à son chef de se dissocier de ça et de condamner vigoureusement cette façon de faire.»

Aucun changement

Le Parti québécois (PQ) est aussi monté aux barricades, accusant le PLQ de reprendre ses «vieilles habitudes» et en réclamant une enquête du DGEQ.

«Rien n'a changé, on voit qui sont véritablement les libéraux, a critiqué sévèrement Pierre Duchesne, ministre de l'Enseignement supérieur, en entrevue avec 24 h. Avec eux, c'est du donnant donnant, du retour d'ascenseur en échange de privilèges et de sommes d'argent. Tony Tomassi a laissé sa marque et inspire encore les méthodes libérales.»

Les propos de la lettre ont grandement choqué Option nationale (ON). Les militants dans la circonscription de Robert-Baldwin exigent des réponses.

«La charte des valeurs n'est pas une excuse derrière laquelle il [Pierre Marsan] peut se cacher pour justifier son manque d'éthique, a partagé Viviane Martinova-Croteau, présidente d'ON dans Robert-Baldwin. Visiblement, il y a un échange de faveurs qui se fait. M. Marsan sert-il certains citoyens plus que d'autres?»

La communauté juive favorable

Si la CAQ et le PQ dénoncent ces pratiques, la communauté juive, elle, se range derrière le PLQ. Contre toute attente, elle n'a pas été scandalisée par la lettre écrite par le député Marsan.

«Leur manière n'est peut-être pas politiquement correcte, mais c'est leur façon de travailler, a dit Armand Essiminy, vice-président du Rabbinat sépharade du Québec, une association juive majeure. Ça se passe dans une banlieue. Les gens vivent entre eux et se connaissent, vous ne pouvez pas en faire une généralité à mon avis.»

M. Essiminy a également pris la défense du député de Robert-Baldwin, qui selon lui, ne fait que préparer la prochaine campagne électorale et assurer sa réélection.

Le principal concerné a toutefois reconnu son erreur et a martelé à plusieurs reprises que sa formation politique n'est pas en quête d'argent des membres des synagogues.

«J'assume la responsabilité de la lettre. Il n'y a pas de retour d'ascenseur, c'est sûrement un sympathisant ou un de nos bénévoles qui a décidé de la distribuer à certains endroits, dont la synagogue, a rétorqué en entrevue Pierre Marsan. Si vous me demandez si j'aurais écrit la lettre autrement aujourd'hui, je vous réponds que oui. Ce qui est fait est fait, il faut que je l'assume.»

ewan.sauves@quebecormedia.com

 
 

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