24 HEURES - Le mercredi 26 juillet 2017

Carré rouge sur fond noir

Dans les coulisses de la CLASSE

15/08/2013 19h35 - Mise à jour 15/08/2013 20h05

Santiago Bertolino (à gauche) et Hugo Samson (à droite)
Photo: Courtoisie
Assemblées générales, votes de grève, désaffiliations, manifestations nocturnes, point de presse par dizaines : un déjà-vu? Deux cinéastes présenteront ce mois-ci «Carré rouge sur fond noir», un documentaire sur le conflit étudiant de 2012 qui révèlera au grand jour les dessous de la CLASSE.

Retour dans le passé : janvier 2012. Hugo Samson, 21 ans, et Santiago Bertolino, 34 ans, deux colocataires et amis de longue date, anticipent le début d'une grève générale illimitée. Cinéastes de formation, ils décident de plancher sur un scénario de documentaire sur la démocratie étudiante.

Hugo et Santiago ne se doutaient absolument pas de la charge du travail qu'ils acceptaient. «Au début, il y avait un peu plus de prétention dans notre approche, expliquent Hugo Samson et Santiago Bertolino, sur une terrasse d'un café du boulevard Saint-Laurent. On savait qu'une grève s'en venait, la mobilisation commençait à peine. On a vu le crescendo venir.»

Au mois de février, devant l'ampleur inattendue du conflit, les deux documentaristes approchent la boîte Productions Multi-Monde et proposent une immersion dans le mode de fonctionnement des associations étudiantes, particulièrement celle de la CLASSE (aujourd'hui l'ASSÉ).

«Carré rouge sur fond noir» suit le quotidien de plusieurs militants et aussi des co-porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois et Jeanne Reynolds. Le téléspectateur découvrira des images «exclusives», promettent Hugo et Santiago.

En effet, ils ont un accès privilégié à l'envers du décor, levant le voile sur certaines pratiques de la CLASSE, jugées controversées. Réunions de l'exécutif, coulisses des congrès, adoption des stratégies médiatiques : on présente la CLASSE comme on ne l'a jamais vue.

«Les médias critiquaient beaucoup la démocratie directe de la CLASSE, le fait que Gabriel ne prenait aucune décision lui-même et qu'il était toujours redevable des assemblées générales, énumèrent les deux réalisateurs. Notre film montre l'utilité et les bienfaits de cette démocratie directe, parce que oui, les décisions se prenaient avec plus de temps, mais les membres arrivaient à un consensus que la majorité d'entres eux acceptait.»

Gagner la confiance du mouvement

L'accès aux coulisses n'a pas été facile à obtenir. «Le but était d'établir des liens de confiance avec les personnages.

Pour avoir leur confiance, on participait au plus de manifestations possible, se remémore Santiago Bertolino. Je pense qu'ils ont réalisé que notre film allait être diffusé seulement un an plus tard, qu'on n'influencerait pas le cours des choses.»

Hugo Samson n'a pas lâché sa caméra une seule seconde pendant des jours entiers. Des actions de perturbations, planifiées au petit matin, nécessitaient une endurance de marathonien.

Le jeune homme se souvient encore de l'occupation au Cégep de Saint-Laurent, le 17 février 2012. Hugo a fait le choix d'entrer pour capturer des images saisissantes. «Les policiers m'ont arrêté avec tous les étudiants», partage-t-il.

«Hugo était là depuis le matin, il a filmé tout le processus : le début de l'assemblée générale, l'administration qui voulait fermer le Cégep, les négociations, l'occupation», enchaîne Santiago.

Ce geste a sans aucun doute permis aux deux cinéastes de gagner la confiance du mouvement étudiant. «Hugo était là au même titre que les autres occupants, ajoute-t-il. Il s'est mis en danger au même titre que tout le monde.»

Relancer le débat

«Carré rouge sur fond noir» sera projeté en grande première le 26 août au Cinéma Excentris. Le documentaire sera simultanément diffusé en version courte à Télé-Québec.

Une fois présenté au public, qu'adviendra-t-il de leur film? Hugo Samson et Santiago Bertolino espèrent qu'il relancera le débat sur l'éducation, inachevé selon eux.

«On l'a réalisé aussi pour une volonté d'archivage, un devoir de mémoire, un outil de réflexion pour les luttes futures, soutiennent-ils. C'est sain pour le mouvement, qu'on puisse l'autocritiquer.»

ewan.sauves@quebecormedia.com

 
 

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