24 HEURES - Le vendredi 14 juin 2019

Cuisine de rue

Des sandwiches à prix d'or

19/07/2013 00h30 - Mise à jour 19/07/2013 09h25

«Servir du tartare de thon à 4 $, c'est impossible», se défend Gaëlle Cerf, vice-présidente de l'Association des restaurateurs de rue du Québec.
Photo Ewan Sauves/24h
Bien qu'elle soit gastronomique, variée et soucieuse de votre tour de taille, la cuisine de rue fait maigrir votre portefeuille à vue d'œil.

Guedille d'homard (Lucille's) : 9 $. Sandwich au poulet grillé (Zoe's) : 11 $. Sandwich au fromage grillé avec canard confit : 8 $ (Grilled Cheese Apollo). Effiloché de bœuf et oignons caramélisés (Boîte à Fromages) : 9 $.

Vivement applaudie depuis son implantation dans l'arrondissement de Ville-Marie, dans le cadre d'un projet-pilote, voilà que la bouffe de rue se heurte à de premières critiques.

«C'est la première fois que je viens, je ne savais pas combien ça aller me coûter. 17 $ pour un dîner, je trouve ça cher», a pesté, jeudi, Marie-Claude Vachon sur le site du festival Juste pour rire, où 41 camions-restaurants sont stationnés.

«Un sandwich à 20 $, ce n'est pas donné, a indiqué pour sa part Lise Guindon. S'il y avait un petit accompagnement, ça serait plus convenable à ce prix-là.»

En mars, la Ville de Montréal a opté pour une cuisine de rue «à la sauce montréalaise», gastronomique. Mais qui dit cuisine gastronomique, dit produits de première qualité, a soutenu Gaëlle Cerf, copropriétaire du camion à tacos Grumman 78 et vice-présidente de l'Association des restaurateurs de rue du Québec.

Il ne faut donc pas s'étonner du prix de la facture, selon elle. «Servir du tartare de thon à 4 $, c'est impossible, il faut être réaliste, a expliqué Gaëlle Cerf. Les gens s'attendent à bouffer des hot-dogs à 2 $, mais la proposition qu'on a faite, ce sont des aliments de santé. À ce moment-là, ça ne marche pas.»

Un avis partagé par la nutritionniste Catherine Lefebvre, qui s'est dite impressionnée par la composition nutritionnelle de certains menus. «Du fromage, c'est du fromage, mais vous allez payer plus cher pour un grilled cheese parce que vous aurez un pain et un fromage nettement plus intéressants qu'un grilled cheese avec un fromage en tranches», a-t-elle expliqué.

Cette cuisine s'avère un meilleur choix santé et les quelques dollars de plus à débourser en vaudraient la peine. «Les produits locaux sont omniprésents dans les assiettes, donc forcément, le prix va en conséquence.»

Gaëlle Cerf a rappelé que 27 restaurateurs de rue sillonnent en alternance neuf sites du centre-ville de Montréal. Ainsi, tout le monde «peut trouver son compte selon son portefeuille.»

Pas pour tout le monde

L'Union des consommateurs a affirmé avoir eu vent de plusieurs plaintes en lien avec le prix des plats proposés par les food trucks.

«Présentement, ce type de commerce correspond plus aux touristes, a indiqué Philippe Viel, porte-parole à l'Union des consommateurs. Dans un contexte économique où on retrouve des personnes qui ont de la difficulté à boucler leur fin de mois, il est bien difficile pour eux de s'acheter un sandwich à 8 $.»

Ce n'est pas un secret : la Ville de Montréal souhaite déployer la cuisine de rue sur tout le territoire montréalais dès la fin du projet-pilote. Or, ce n'est pas tous les arrondissements qui pourraient se permettre de manger du porc effiloché et des tortillas chaudes.

«C'est très bon, mais un peu dispendieux», a admis Jean-Marc Gibeault, conseiller de l'arrondissement de Montréal-Nord, un secteur moins nanti dans la métropole.

Une période de réflexion s'impose après la saison estivale, a estimé l'élu, puisque Montréal-Nord ne serait pas un bon endroit pour voir débarquer des dizaines de roulottes ambulantes. La formule actuelle serait donc à revoir.

«Ça prend beaucoup de piétons, de passants pour encourager le marché, a-t-il mentionné. Je me mets à la place du propriétaire du camion, qui veut être dans des rues où il y a du monde, et à Montréal-Nord, il n'y a pas vraiment de coins de rue propices à cela.»

La bouffe de rue pourrait faire son apparition dans l'arrondissement lors d'événements spéciaux, a-t-il indiqué, comme la fête de la Saint-Jean-Baptiste. «Qui dit aussi que l'arrondissement ne pourrait pas participer financièrement à la venue d'un camion de bouffe de rue?» a lancé M. Gibeault.

ewan.sauves@quebecormedia.com

 
 

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