24 HEURES - Le mercredi 22 novembre 2017

Dépendance au jeu en ligne

Cacher son jeu

08/05/2013 11h25 

Audrey Neveu/UQAM

La dépendance au jeu n'est pas que le fléau des alcooliques et toxicomanes. Cachés derrière leur écran, Monsieur et Madame Tout-le-monde sont tout aussi vulnérables de devant les jeux de hasard et d'argent. Accentuée par la technologie, la dépendance au jeu en ligne évolue dans un silence malsain.

Dès son secondaire, Mathieu* commence à jouer au poker en ligne avec des amis, à coup de 10$. Très intéressé par les probabilités du jeu, l'étudiant en communication joue de plus en plus à son entrée à l'université, persuadé d'avoir découvert un truc infaillible pour gagner. Même s'il perd jusqu'à six ou sept fois de suite, Mathieu est encouragé par les forums de discussions entre joueurs. Ces internautes anonymes partagent le vécu de l'étudiant, qui s'enfonce chaque jour dans son problème.

Mathieu n'ose pas avouer son problème, de peur d'être jugé. Il ment à sa famille et à sa copine. «Les personnes qui sont dépendantes ne pensent qu'à comment se faire de l'argent pour aller jouer, affirme la directrice du Centre d'écoute et de référence de l'UQAM, Stella Kukuljan. Elles vont laisser de côté leurs études et leur famille.»

«C'est une dépendance sournoise, une épidémie silencieuse», affirme le professeur à l'École de travail social de l'UQAM, Amnon Jacob Suissa. À l'instar de la dépendance aux jeux vidéo et à Facebook, la dépendance au jeu en ligne est difficilement mesurable et visible. Selon une étude du Alberta Gaming Institute, publiée en 2009, les joueurs en ligne sont de trois à quatre fois plus à risque d'être compulsifs que ceux qui jouent dans le réel. Amnon Jacob Suissa estime que la technologie, qui rend le jeu en ligne très accessible, cause énormément de dégâts auprès des jeunes adultes.

Pas si faciles d'accès

Intimement lié à la dépendance, l'isolement vécu par les joueurs compulsifs est renforcé par la technologie. Leur venir en aide devient d'ailleurs nettement plus compliqué en raison de l'anonymat que leur procure l'ordinateur. «Beaucoup de personnes viennent consulter pour une tierce personne, indique Stella Kukuljan. Mais la personne concernée doit prendre la décision de s'aider, on ne peut pas l'obliger à le faire.»

Avec le recul, Mathieu admet que l'influence d'Internet, où les histoires trop belles pour être vraies sont légion, a jeté de l'huile sur le feu de sa dépendance. Toutefois, une confrontation avec sa nouvelle copine sur son problème de jeu lui a fait l'effet d'une douche froide. Du jour au lendemain, il a fermé tous ses comptes de jeu en ligne et a cessé de fréquenter le casino. Après plus d'un an d'abstinence, le jeune homme commence enfin à s'ouvrir à propos de la dépendance qui l'a marqué durablement. Désormais, il n'aura plus jamais besoin de cacher son écran.

*Nom fictif

 
 

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