24 HEURES - Le vendredi 31 octobre 2014

Commission Charbonneau

Martin Dumont a-t-il abusé des fonds publics fédéraux?

20/01/2013 20h37 

Martin Dumont, témoin vedette à la commission Charbonneau.
Photo capture d'écran
MONTRÉAL - La crédibilité du témoin vedette de la commission Charbonneau, Martin Dumont, est encore une fois remise en question. TVA Nouvelles a appris que son passage dans le gouvernement de Stephen Harper soulève de nombreuses interrogations.

Outre son épisode de vol à l'étalage et de visionnement de sites pornographies au bureau, l'ancien organisateur politique d'Union Montréal traîne un passé trouble qui date de son emploi de chef de cabinet au sein du gouvernement conservateur de Stephen Harper.

Selon des sources très au fait des agissements de Martin Dumont à cette époque, plusieurs irrégularités auraient été relevées dans ses comptes de dépenses et dans sa reddition de compte.

Entre 2007 et 2010, Martin Dumont a travaillé pour les trois ministres fédéraux Jim Prentice, Josée Verner et Diane Ablonczy. Ses notes de frais bien garnies, en 2009, alors qu'il était chef de cabinet au ministère des Affaires intergouvernementales dirigé par Josée Verner, comporteraient plusieurs irrégularités.

TVA Nouvelles a retracé ces notes de frais et a constaté que de janvier à octobre, sur une période de 10 mois, Martin Dumont a facturé 46 423 $ au gouvernement fédéral en frais de voyage. Pour la même période, sa patronne, Josée Verner, réclamait un montant de 22 962 $, soit deux fois moins que son chef de cabinet.

Pour donner un ordre de grandeur, une recherche plus poussée a démontré que le chef de cabinet d'un important ministre comme celui des Finances, qui voyage à travers le monde, n'a réclamé que 20 400 $ pour la même période. De son côté, pour la même durée, le directeur des communications (de l'époque) du premier ministre, Dimitri Soudas, dépensait quatre fois moins que Martin Dumont en réclamant au trésor public 13 976 $.

Le témoin vedette de la commission Charbonneau dépensait donc beaucoup plus que des membres influents du gouvernement Harper.

Il a, entre autres, à plusieurs reprises acheté des billets d'avion pour couvrir la distance de 200 km qui sépare Montréal et Ottawa, un trajet que ces prédécesseurs faisaient généralement en voiture - une pratique également suivie par ses successeurs. M. Dumont faisait de même pour assister à des réunions à Québec.

Manifestement, l'homme était aussi responsable d'acheter café et rafraichissements pour ses collègues, puisque ses dépenses de ce type totalisent 900 $ en trois mois!

C'est lors de son départ pour le cabinet de la ministre Diane Ablonczy que l'on se serait interrogé sur l'utilisation qu'il faisait des fonds publics.

Martin Dumont, qui a contribué à la chute de l'ancien maire de Montréal Gérald Tremblay, est attendu à la barre des témoins de la commission Charbonneau cette semaine. Comme TVA Nouvelles l'annonçait, il est en arrêt de travail sous recommandation de son médecin et chercherait à faire reporter son témoignage.

Des sources ont révélé à TVA Nouvelles que certains avocats, très intéressés à entendre les confidences de M. Dumont, pourraient brandir de nombreux extraits de son compte Facebook qui laissent croire qu'il se porte plutôt bien et qu'il est même en mesure d'assister à plusieurs fêtes.

TVA Nouvelles a tenté de joindre Martin Dumont et son porte-parole, mais ni l'un ni l'autre n'ont donné suite à nos démarches pour obtenir leur point de vue.

Dumont aurait ébranlé la crédibilité de la commission

Le témoignage de Martin Dumont ébranle la crédibilité de la commission Charbonneau, estime l'analyste politique de TVA Nouvelles Jean Lapierre.

«Le fait que la commission l'ait laissé dire toute sorte de choses lors de son témoignage et que par la suite les faits n'aient pas été vérifiés ni corroborés, ça remet en question la crédibilité de la commission entière», a dit M. Lapierre dimanche soir sur les ondes de LCN. Le journaliste estime que la commission doit revoir Martin Dumont et lui poser des questions beaucoup plus pointues, à défaut de quoi la population pourrait croire le reste de l'exercice a été fait avec négligence. Selon M. Lapierre, les citoyens et les avocats qui ont suivi religieusement les audiences pensaient que les témoignages étaient bien vérifiés avant d'être rendus publics et la commission doit d'autant plus leur apporter des précisions.

De plus, l'analyste politique croit que, dès son discours d'ouverture lundi, la juge France Charbonneau donnera des explications sur la liste de noms de personnalités publiques - notamment des ministres - ayant fréquenté le club privé 357c qui a été dévoilée juste avant l'ajournement des travaux à la fin novembre.

«C'est clair que la juge va certainement nous préciser pourquoi pendant des semaines, le temps de l'ajournement, on a laissé traîner des dizaines de noms de gens qui avaient réservé au club 357c, a dit M. Lapierre. C'est gens-là ont eu droit à un nuage de suspicion au-dessus de la tête depuis la publication de leur nom et on ne sait toujours pas pourquoi la commission a voulu faire ça.»


 
 

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