24 HEURES - Le lundi 20 octobre 2014

Commission Charbonneau

Les activités avec les entrepreneurs faisaient partie du «modèle d'affaires»

12/11/2012 07h50 - Mise à jour 12/11/2012 17h41

Gilles Vézina
Photo Jean-Louis Fortin / Agence QMI

MONTRÉAL - Le fonctionnaire Gilles Vézina, suspendu récemment de ses fonctions à la Ville de Montréal, s'est amené à la barre des témoins de la commission Charbonneau, lundi après-midi.

Après quelques hésitations, l'homme a admis avoir entretenu des relations «étroites», suivant les termes de la procureure Claudine Roy, avec certains entrepreneurs.

«Un modèle d'affaires» divertissant

«Je peux vous dire qu'à un moment donné, j'ai été invité à Piedmont pour un anniversaire chez M. Catania», a-t-il avoué, faisant référence aux 40 ans de l'épouse de Paolo Catania. D'après son souvenir, il avait été invité par Frank Catania. «C'est lui que je connaissais», a-t-il précisé. La rencontre entre les deux hommes remonte à 1975.

Selon M. Vézina, les activités sociales impliquant des entrepreneurs étaient «une pratique courante qui faisait partie des relations d'affaires qu'on avait». Dans cette catégorie, il incluait notamment les dîners avec les entrepreneurs, les tournois de golf ainsi que les billets pour assister à des matchs de hockey. Il n'était toutefois pas rémunéré par la Ville lors de ces activités. «Ça faisait partie de nos avantages», a-t-il soutenu tout naturellement.

Le chef d'équipe indique d'ailleurs que d'autres représentants de villes de banlieue participaient également à ces activités. «On voyait toujours les mêmes faces», a-t-il dit.

Plus tard, Vézina a indiqué avoir rencontré «des gens d'autres villes et du MTQ» dans une loge payée par Génivar, pendant un match de hockey. Il n'a pas donné davantage de précisions.

En 2009, l'adoption d'un code de conduite par la Ville de Montréal vient changer la donne. «On a décidé de tout arrêter [les cadeaux]», a rapporté le fonctionnaire. Son supérieur, Robert Marcil, en aurait fait la demande aux employés sous sa supervision, selon les souvenirs de Gilles Vézina.

Invité à des mariages «dans le cadre du travail»

C'est encore dans le cadre d'une «relation d'affaires» que Vézina s'est rendu au mariage de la fille de Nicolo Milioto.

Pour l'occasion, il a offert un montant de 300 $, «l'équivalent du coût du repas», à la fille de celui qui a été désigné à de nombreuses reprises comme l'intermédiaire entre les entrepreneurs et la mafia.

Vézina a aussi visité le très sélect Club 357, rue de la Commune, en compagnie de Nick Milioto. Il l'a admis à la procureure Roy après l'avoir fermement nié dans un premier temps.

«Oui, vous avez raison, [j'y suis allé]!» lui a-t-il lancé, une fois sa mémoire revenue. «C'était une belle place», a ajouté le témoin.

Tout ceci n'a toutefois jamais mené à du favoritisme à l'égard de certains entrepreneurs, a assuré le fonctionnaire de la Ville.

Un voisinage sans risque

L'ingénieur Luc Leclerc - qui était sous la supervision de Gilles Vézina - était le voisin des Catania, en même temps qu'il se chargeait de la surveillance de chantiers menés par les Catania. Malgré tout, M. Vézina a dit n'y avoir vu aucun danger de conflit d'intérêts.

«Mon rôle était de coordonner l'équipe et d'agir comme conseiller, pas de leur taper sur les doigts!» a-t-il précisé. De son propre aveu, l'homme ne posait pas de questions à M. Leclerc, qu'il a décrit plus tôt comme étant son «meilleur ingénieur».

Un nom qui revient souvent

Le nom de celui qui dirigeait la section de la gestion et surveillance des travaux lorsque la valeur des contrats à la Ville de Montréal a commencé à augmenter en flèche, est revenu à quelques reprises dans la bouche des témoins Lino Zambito, Gilles Surprenant et Luc Leclerc.

M. Vézina a toutefois nié les allégations que ces derniers ont faites devant la commission.
L'ingénieur-chef d'équipe a été suspendu de ses fonctions le 29 octobre dernier, avec solde. Le 5 novembre suivant, la décision a été modifiée et il fait maintenant l'objet d'une suspension sans solde.

Il est devenu chef de section de la réalisation et surveillance des travaux en 1989.Entre les années 2000 et 2005, M. Vézina avait trois ingénieurs sous sa responsabilité, soit Luc Leclerc, qui a terminé son passage devant la commission ce lundi, Guy Girard ainsi que Marc Hébert. Il s'occupait de désigner l'ingénieur ainsi que le surveillant affecté à un chantier, a-t-il raconté lors de la première partie de son témoignage, au cours de laquelle il a résumé son parcours professionnel.


 
 

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