24 HEURES - Le lundi 20 mai 2019

Les Québécois voudraient des syndicats plus transparents

05/09/2011 10h47 

Photo: archives 24H / Étienne Laberge
Les travailleurs québécois souhaitent que les centrales syndicales soient plus transparentes et qu’elles utilisent mieux leurs contributions financières, selon un sondage de l’association Infotravail.

Cette étude, obtenue en exclusivité par l’Agence QMI, a été réalisée au cours du mois de juillet auprès de 1001 travailleurs canadiens, dont 250 Québécois.

Elle indique que près de 95 % des travailleurs québécois interrogés estiment que les syndicats devraient être obligés de divulguer leur situation financière régulièrement. La même proportion de répondants souhaiteraient également avoir accès au bilan financier de leur syndicat, pendant un processus de syndicalisation.

Le tiers des syndiqués sondés déclarent que les contributions qu’ils versent à leur syndicat sont mal dépensées. Une majorité de travailleurs, soit 85,3 % des répondants, ne sont pas d’accord avec l’idée qu’un syndicat verse des contributions financières à un parti politique.

De même, presque autant de répondants (82 %) sont opposés à ce que leur syndicat utilise leurs contributions syndicales pour financer des publicités négatives envers des partis politiques et 71 % désapprouvent l’idée que leurs contributions syndicales puissent servir à soutenir un groupe de pression qui n’a pas de liens avec leur secteur d’activité.

Le syndicalisme en mutation au Québec?

Les données compilées dans l’étude d’Infotravail montrent que la perception des Québécois envers le syndicalisme a évolué, même si le taux de syndicalisation demeure important dans la province.

Plus de 38 % des répondants déclarent occuper un emploi syndiqué au Québec. Il s’agit du niveau le plus élevé au pays puisque la moyenne canadienne est inférieure à 32 %.

Cela dit, occuper un poste syndiqué ne semble pas être un objectif à atteindre pour la plupart des travailleurs sondés, puisque 85 % des travailleurs non syndiqués ne sont pas intéressés à le devenir. Même chose, d’ailleurs, chez les répondants qui occupent un emploi syndiqué. Plus de la moitié (54,4 %) affirment qu’ils préféreraient ne pas être syndiqués s’ils en avaient le choix.

Toutefois, la plupart des Québécois qui ont répondu au questionnaire, soit 51,3 %, croient que les centrales syndicales sont aussi importantes que par le passé. Moins de 42 % des sondés répondent que les syndicats sont moins importants qu’autrefois.

Revoir les règles

Quelques règles bien établies dans le monde syndical sont remises en question par les travailleurs qui ont répondu à l’étude d’Infotravail. Le mode de scrutin et les lignes de piquetage font notamment l’objet de critiques.

Plus de 88 % des répondants québécois estiment que le scrutin secret devrait être utilisé lors des votes portant sur la création ou la dissolution d’un syndicat.

Actuellement, un syndicat est en voie d’être formé quand de 35 % à 50 % des employés visés ont signé une carte de membre. Dans le cas d’une dissolution, les employés doivent faire circuler une pétition et récolter un nombre de signatures qui correspond à 50 % des voix plus une.

Une majorité de travailleurs syndiqués manifestent par ailleurs le souhait d’obtenir le droit de traverser une ligne de piquetage lors d’une grève. Plus de 72 % des répondants estiment que les travailleurs devraient avoir le droit de franchir une ligne de piquetage pour manifester leur désaccord envers leur syndicat.




Des Québécois frustrés par leur syndicat

Les travailleurs doivent être plus transparents, disent les travailleurs québécois dans un sondage de l’association Infotravail dans tout le Canada. Analyse de Louis Fortin, représentant d’Infotravail et chercheur à l’Institut économique de Montréal.


Agence QMI : Pourquoi les travailleurs québécois veulent que les syndicats soient plus transparents?

Louis Fortin : Plusieurs travailleurs ont vécu des frustrations dans le passé. Certains estiment que les contributions qu’ils versent à leur syndicat sont mal dépensées. D’autres ont entendu dire que dans différents pays, les États-Unis, la France et l’Allemagne par exemple, il y a des lois qui obligent les syndicats à divulguer leurs états financiers. Il y en a également qui sont mécontents parce que leurs contributions ont servi à financer un parti politique ou une cause avec lesquels ils sont en désaccord. Les membres ne sont pas consultés pour ce genre de dépenses. Enfin, tous les scandales qui ont frappé le secteur de la construction et la FTQ ont soulevé bien des soupçons chez les syndiqués.


Agence QMI : Est-il important que les syndicats deviennent plus transparents?

Louis Fortin : Absolument! La plupart des employés syndiqués au Québec sont forcés d’adhérer à leur syndicat et sont obligés, en raison de la formule Rand, de payer des cotisations syndicales. Ça peut créer de la frustration parce que les travailleurs ne contrôlent pas les dépenses. Aux États-Unis, une loi oblige les centrales à remplir chaque année un questionnaire pour préciser le salaire de leurs dirigeants, la valeur de leurs fonds de grève et le détail de leurs investissements.


Agence QMI : Pourquoi le taux de syndicalisation est plus élevé au Québec qu’ailleurs au Canada?

Louis Fortin : Parce que les centrales ne sont pas tenues d’organiser des scrutins secrets au moment de créer un nouveau syndicat. Les organisateurs peuvent faire du porte-à-porte ou tenir des séances d’information improvisées pour demander aux gens de signer des cartes d’adhésion. Tout ce qu’ils doivent accomplir pour créer leur syndicat c’est de récolter 50 % plus une voix de tous les travailleurs ciblés par le projet.


Agence QMI : Est-ce que les syndicats sont encore aussi importants pour la société qu’ils l’étaient dans le passé?

Louis Fortin : Ils jouent un rôle important dans plusieurs secteurs de l’économie, principalement dans le secteur public et dans le domaine de la construction. La plupart des gens croient que les centrales demeurent pertinentes de nos jours.


Agence QMI : N’est-il pas surprenant que la majorité des travailleurs syndiqués préféreraient ne plus l’être?

Louis Fortin : Plusieurs travailleurs sont syndiqués par obligation. Ils ont postulé pour un poste qui était syndiqué et ils l’ont décroché. Tout monde a une expérience différente du syndicalisme. Certains peuvent en vouloir au mouvement parce qu’ils jugent avoir été mal défendus dans le passé.

 
 

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