24 HEURES - Le dimanche 19 février 2017

PRIX DU CARBURANT À MONTRÉAL

Une hausse injustifiée, le pire reste à venir

23/12/2010 15h28 - Mise à jour 23/12/2010 17h09

Le prix du litre d'essence a atteint 1,23 $ jeudi matin, sur l'île de Montréal.
Sébastien St-Jean
A la veille du temps des fêtes, les automobilistes montréalais se seraient bien passés de faire le plein de leur voiture. En guise de cadeau, c’est une hausse de plus de 10 ¢ du litre d’essence, le faisant passer de 1,11 à 1,23 $/L, qui les attendait, jeudi matin, à la pompe et selon certains, le pire est à venir.

Cette augmentation, qualifiée d’« injustifiée » par l’Association des automobilistes québécois (CAA-Québec) n’arrive pas par hasard. « La marge des détaillants est excessive, surtout en cette période de fort déplacement », déplore Cédric Essiminy, porte-parole de CAA-Québec.

Si depuis quelques jours, les détaillants ont affiché une marge inférieure à la moyenne fixée par la Régie de l’énergie de 5,7 ¢ par litre, notamment mercredi (3,2 ¢/L), cela ne justifie pas pour autant le bond observé à Montréal jeudi (7,7 ¢/L). « Ce n’est pas vraiment une opération de rattrapage, les détaillants en profitent, c’est une marge trop élevée », estime Cédric Essiminy.

Colère à la pompe

À la station Ultramar, à l’angle des rues De Maisonneuve et Papineau, le panneau affichait jeudi matin 1,21 $/L, alors que la veille, il indiquait 1,11. « On est encore une fois pris en otage, estime Louis Lessard, qui n’a pas d’autres choix que de faire le plein avant les fêtes. On a déjà tout dit sur les groupes pétroliers mais c’est toujours la même chose. On n’est pas capable de briser ce monopole et faire en sorte qu’ils respectent eux-aussi les règles du commerce international », poursuit-il.

D’autres, un peu plus visionnaires, ont pris leurs précautions. « Je viens juste chercher un café, j’ai fait mon plein hier, heureusement. Il y a plein de compagnies mais elles s’entendent sur les prix, pour moi, ce sont des arnaqueurs professionnels, et nous, on n’a pas le choix », peste Jacques Grondin.

Cédric Essiminy conseille d’ailleurs aux automobilistes de « magasiner » pour trouver de l’essence au meilleur prix. Le bon de géant est a noté uniquement sur l’île de Montréal. A quelques kilomètres, sur la Rive-Nord, les stations affichaient entre 1,13 et 1,15 $ le litre. A Québec, il tournait autour d’ 1,15 $ alors que dans les régions de l’Estrie, des Laurentides et de la Mauricie, il oscillait aux environs d’ 1,09 $.

Le porte-parole de CAA Québec rappelle qu’une hausse était « à moitié envisageable » face à la forte augmentation du baril de pétrole qui a récemment atteint 90 $. Du jamais vu depuis plus de deux ans. « C’est donc normal que l’essence augmente à la pompe. En tant que consommateurs on n’a aucun pouvoir quand les marchés mondiaux décident d’augmenter les prix », explique-t-il.

Une « hausse minime » en attendant 2011

Si Normand Mousseau, auteur du livre Au bout du pétrole, confirme que les détaillants prennent une marge deux fois plus importante qu’habituellement dans la région de Montréal, selon lui, le pire reste à venir. « On n’est même pas encore sorti de la récession que le prix du baril est déjà plus élevé qu’en 2008 », alerte-t-il.

Selon l’écrivain et professeur, la demande va augmenter, notamment avec la commercialisation croissante des automobiles en Chine et en Inde. « On a de plus en plus de difficultés à répondre à cette demande, les groupes pétroliers doivent s’approvisionner auprès de nouveaux gisements, et le prix augmente », explique-t-il.

D’après Normand Mousseau rien n’est fait pour que les prix baissent. « Il faudrait une diminution de la consommation de pétrole mondiale », confie-t-il.

 
 

Incontournables