24 HEURES - Le dimanche 26 mars 2017

Journée mondiale de lutte contre le sida

Vivre avec le VIH au Québec en 2010

01/12/2010 04h00 

René Légaré a recensé des cas de licenciement de personnes séropositives.
Photo: Sarah-Maude Lefebvre
« Je ne veux pas faire pitié », lance d’emblée Sylvain. Le Montréalais de 44 ans est atteint du VIH depuis 2005. Il définit sa maladie comme « un coloc qui prend tout la place au début et qu’on finit par apprendre à gérer ».

Il se considère « chanceux » d’avoir reçu son diagnostic dans les années 2000, plutôt que dans les années 1980.

« Il y a 25 ans, ton médecin te recevait dans son bureau et te disait : « j’ai de mauvaises nouvelles pour toi. Tu as le sida et il te reste deux ans à vivre ». Aujourd’hui, ton médecin t’annonce encore une mauvaise nouvelle, mais il t’offre en même temps des traitements hyper performants, sans effets secondaires, qui te permettent de conserver le même style de vie », résume Sylvain.

Une deuxième vie à apprivoiser

Rencontré dans les bureaux de la Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida (COCQ-SIDA), ce dernier a raconté l’histoire de sa « deuxième vie », qui a débuté lorsqu’il a reçu son diagnostic de V1H en 2005.

Même si sa famille et ses amis ont relativement bien accueilli cette nouvelle et que Sylvain accepte sa maladie, il préfère tout de même taire son nom de famille. Pourquoi?

« Je prévois changer d’emploi et je ne sais pas comment ça peut être accueilli par un employeur. Mon entourage l’accepte, mais j’ai vécu des rejets dans le milieu gai. Environ 60% des gars que je rencontre s’en vont lorsqu’ils sont mis au courant de ma condition. Je crois que je pourrai refaire ma vie seulement avec un homme qui est aussi séropositif ».

Encore et toujours la discrimination

La discrimination envers les séropositifs est encore bien présente, croit René Légaré, de l’organisme COCQ-SIDA.

« Prenons les employeurs : nous avons effectué un sondage auprès de 111 d’entre eux l’an dernier. Plus de 40% ont affirmé qu’ils n’embaucheraient pas une personne vivant avec le VIH », lance-t-il.

COCQ-SIDA a d’ailleurs relevé quelques cas de licenciement de personnes séropositives au cours des dernières années.

« C’est un obstacle majeur à l’emploi. Il faut informer les gens. L’espérance de vie d’une personne atteinte du VIH est de 40 ans après la déclaration de l’infection. Une personne séropositive peut avoir une vie amoureuse, sociale et professionnelle normale », insiste M. Légaré.

C’est d’ailleurs ce que confirme Sylvain : « Je vis exactement comme avant, mais avec plus de passion. Maintenant, ma priorité, c’est moi ».

sarahmaude.lefebvre@24-heures.ca

 
 

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