24 HEURES - Le vendredi 10 février 2012

La Santé publique forcée de revoir sa stratégie auprès des toxicomanes

28/07/2010 17h17 - Mise à jour 28/07/2010 21h41

« La majorité des nouveaux cas d’hépatite C provient de la population des utilisateurs de drogues injectables», révèle Dre Carole Morissette.
Photo: Charles Paquette
Constatant un changement important dans les habitudes de consommation des toxicomanes montréalais et aux prises avec une « épidémie » d’hépatite C, la Direction de la santé publique (DSP) se voit forcée de revoir « au complet » sa stratégie d’intervention, a appris 24H.

Les autorités de santé publique ont en effet remarqué un déplacement significatif des utilisateurs de drogues injectables du centre-ville vers les quartiers périphériques, comme Hochelaga-Maisonneuve et le Plateau-Mont-Royal, depuis quelques mois.

Ces arrondissements, malgré la présence de plusieurs organismes, comportent moins de centres de distribution de seringues stériles qu'au centre-ville. La DSP craint donc un retour aux pratiques à risque, comme le partage de seringues souillées, et conséquemment, une épidémie des infections transmises par le sang.

« La majorité des nouveaux cas d’hépatite C provient de la population des utilisateurs de drogues injectables. Nous constatons une diminution de la distribution de seringues et nous sommes inquiets. Ça nous préoccupe à un point tel que nous revoyons l’ensemble de notre stratégie d’accès aux seringues », révèle Dre Carole Morissette, responsable médicale de l’équipe ITSS à la DSP.

Les autorités de santé publique prévoient donc de rectifier le tir pour s’ajuster à la mobilité de la population toxicomane. Des projets seront initiés à cet effet dès cet automne.

Le retour des pratiques à risques?

« Nous n’avons pas encore de statistiques précises, mais on surveille de près la situation parce que l’accès limité aux sites de distribution de drogues pourrait se traduire pour une hausse du partage et de la réutilisation de seringues usagées », poursuit Dre Morissette.

Cette inquiétude est partagée par les organismes d’aide aux toxicomanes qui constatent un « éparpillement » de leur clientèle.

« Avant, il y avait une forte concentration de consommateurs réunis dans le même coin, à cause la proximité d'un hôtel et d'une maison de chambre. Une intervenante pouvait se promener dans la rue avec un sac de seringues et les distribuer en l’espace d’une heure. Maintenant, on les cherche, les utilisateurs de seringues », avance Stéphane Royer, intervenant à Spectre de rue, qui estime que la répression policière est en partie responsable de cet exil.

« En ayant un accès réduit au matériel stérile, les gens recommencent à avoir des pratiques à risques et à partager leurs seringues. On le voit », insiste aussi Julien Montreuil de l’unité d’intervention mobile l’Anonyme.

« C’est comme ça que j’ai eu le VIH »

Cliente régulière de l’organisme Spectre de rue où elle se procure des seringues pour sa consommation de cocaïne, Chantal Chaput, 39 ans, remarque également que la « game change sur le terrain » et que de plus en plus d’utilisateurs de drogue injectables adoptent un comportement risqué.

« Les gens fuient les policiers. L’autre jour, j’étais à Lasalle où il n’y a pas de centre de distribution de matériel stérile. Je suis donc allée acheter une seringue dans une pharmacie. Il y a quelques années, j’aurais emprunté celle d’un ami. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai « attrapé » le VIH. Maintenant, je suis prudente, mais les consommateurs de drogue s’en foutent habituellement », a-t-elle confié à 24H.

Selon la DSP, on note actuellement une diminution de 10% des seringues distribuées sur l’île de Montréal.

sarahmaude.lefebvre@24-heures.ca

 
 

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