24 HEURES - Le lundi 18 mars 2019

Enquête Villanueva

La mère de Fredy Villanueva s'effondre

10/03/2010 17h14 

Coup de théâtre, mercredi, lors de l’enquête du coroner André Perreault sur la mort de Fredy Villanueva. La mère du jeune homme, Lillian Villanueva, s’est littéralement écroulée en larmes sur le plancher du Palais de justice de Montréal, après que l’avocat de la Ville ait affirmé que Fredy et son frère Dany étaient les responsables des incidents du 9 août 2008 à Montréal-Nord.

Tout a commencé alors que le porte-parole de la Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP), Alexandre Popovic, poursuivait son contre-interrogatoire du policier Jean-Loup Lapointe, qui a abattu Fredy Villanueva.

À un moment donné, M. Popovic a demandé à l’agent Lapointe s’il reconnaissait avoir tué le jeune Villanueva, ce à quoi le policier a répondu par l’affirmative, non sans brièvement hésiter au préalable.

Le porte-parole a ensuite voulu savoir s’il avait eu l’intention de tuer Fredy Villanueva lorsqu’il a dégainé son arme à feu. Lapointe lui a rétorqué que ce n’était pas le cas, qu’il n’avait cherché qu’à « protéger sa vie ». Déjà, à cet instant, l’émotion était palpable dans la salle d’audience.

Argument controversé

C’est toutefois quand M. Popovic a demandé au policier Lapointe s’il considérait Fredy Villanueva comme étant une « victime ». Dès lors, l’avocat de la Ville, Me Pierre-Yves Boisvert, s’est opposé quant à la pertinence de cette question.

Au terme d’un débat entre les différents avocats à cet effet, Me Boisvert a annoncé au coroner Perreault que la Ville tenterait de démontrer, au cours de l’enquête, « que Fredy Villanueva a été victime de ses actions, de celles de son frère et de ses collègues », en parlant des autres jeunes présents sur les lieux.

Aussitôt, Dany Villanueva s’est levé d’un trait et a quitté la salle sans dire un mot. Sa mère a suivi quelques secondes plus tard, en pleurant. D’autres membres de la famille, ainsi que des amis, les ont imités.

La séance suivait son cours normal jusqu’à ce que des gardes du corps chargés de protéger Jean-Loup Lapointe et Stéphanie Pilotte – qui assiste au témoignage de son partenaire depuis le premier jour – sont venus brusquement leur dire qu’ils devaient quitter la salle, sans fournir aucune explication.

Les deux policiers se sont tout de suite exécutés, pendant que tous ceux qui assistaient à la scène se demandaient ce qui se passait, à commencer par le coroner et son procureur, Me François Daviault.

Pendant ce temps, on pouvait entendre des bruits stridents qui semblaient provenir de l’extérieur de la salle. Devant la confusion qui régnait, le coroner n’a eu d’autre choix que d’interrompre momentanément la séance.

Hystérique

Ces bruits, c’était les hurlements de Lillian Villanueva, étendue de tout son long au sol et plongée dans une profonde crise d’hystérie. Ses proches en pleurs qui l’entouraient tentaient tant bien que mal de la calmer, mais en vain.

Durant plusieurs minutes, elle n’a cessé de répéter le prénom de Fredy, de même que « Mon fils ! » en espagnol. La scène était à ce point troublante que même les gens se trouvant aux étages inférieurs du Palais de justice regardaient dans les airs pour savoir ce qui se passe.

Comble de l’ironie, un des premiers constables spéciaux arrivés sur les lieux a ordonné à Mme Villanueva et ses proches de circuler afin de ne pas obstruer le passage.

Un mal nécessaire

L’incident a bien sûr occupé toutes les discussions lors de la reprise de l’audience, une vingtaine de minutes plus tard. Sans surprise, les Villanueva brillaient par leur absence.

Si le coroner Perreault reconnaît que certains sujets peuvent être plus sensibles pour la famille Villanueva, il a néanmoins expliqué que « ce ne serait pas faire notre travail que de ne pas explorer dans quelle mesure Fredy Villanueva a contribué à son propre décès. »

En dépit des événements survenus à l’extérieur, le coroner a salué la conduite « impeccable » des Villanueva dans la salle. Il a cependant qualifié d’« inacceptable » la conduite des gardes du corps des policiers Lapointe et Pilotte.

Le coroner a finalement décidé de suspendre la séance pour le reste de la journée.

Malgré le brouhaha, l’avocat de Jean-Loup Lapointe, Me Pierre Dupras, a soutenu que le représentant de la Ville de Montréal et du SPVM « a exposé avec doigté un fait brutal. »

Pour sa part, l’avocat de la famille, Me Peter Georges Louis, a indiqué qu’il avait été « personnellement et professionnellement » touché par les remarques de Me Boisvert, soulignant que « le forum pour faire ces remarques n’est pas le bon. »

Fait à noter, Me Boisvert était introuvable au sortir de la salle d’audience.

L’enquête reprendra donc jeudi, avec l’agent Lapointe qui témoignera pour une neuvième journée.

jeanphilippe.arcand@24-heures.ca

 
 

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