24 HEURES - Le vendredi 10 février 2012

Au diable la pénurie des profs

14/08/2009 07h19 

Moctar Dicko, 52 ans, n’est pas assez formé pour enseigner au Québec, selon le ministère de l’Éducation. Il a pourtant complété un diplôme de licence en physique, à l’Université de Bucarest, en Roumanie, ainsi qu’un diplôme d’études approfondies des sciences physiques de structure optique de l’Université nationale de Côte-d’Ivoire.
Photo: Sébastien Ménard, Journal de Montréal
Alors que nos écoles manquent de profs de sciences et qu'elles embauchent plus de 2 000 personnes non qualifiées par an, un enseignant africain possédant 22 années d'expérience et une maîtrise en physique a décidé de quitter le Québec pour l'Ontario parce que le ministère de l'Éducation juge qu'il n'est pas assez formé pour enseigner chez nous.

«Je ne suis pas venu au Québec pour travailler dans une manufacture, lance Moctar Dicko. Je suis un intellectuel», s'indigne-t-il.

Il a vendu des thermopompes

Le prof, âgé de 52 ans, a tenté sans succès de travailler pour des commissions scolaires de la région de Montréal depuis qu'il a immigré au Québec, il y a quelques années.

Résigné, il a notamment occupé un emploi comme vendeur de thermopompes, en plus de faire du télémarketing.

Voyant que personne ne donnait suite à ses demandes d'emploi malgré la pénurie de profs de sciences et de mathématiques qui frappe le Québec, Moctar Dicko s'est tourné vers le ministère de l'Éducation afin d'obtenir un permis d'enseigner.

Et c'est là qu'il a frappé un mur.

Le fonctionnaire qui lui a répondu, il y a neuf mois, a reconnu que M. Dicko avait une connaissance suffisante de la physique. Mais malgré ses 22 années d'expérience en enseignement des sciences dans un lycée français d'Abidjan, en Côte-d'Ivoire, sa formation en pédagogie n'est pas suffisante, selon le ministère de l'Éducation.

La demande de Moctar Dicko a été refusée parce qu'il n'avait pas complété 450 heures de pédagogie avant d'arriver au Québec, une réponse qu'il juge ridicule.

«Pourtant, je m'y connais avec les enfants. J'ai passé 22 ans dans un lycée français», répète-t-il.

À l'Université d'Ottawa

Moctar Dicko n'a pas l'intention de retourner dans une université québécoise pour compléter un baccalauréat ou une maîtrise en enseignement, des formations qui peuvent durer jusqu'à quatre années.

De telles études lui permettraient d'être prof au Québec. «J'ai 52 ans, souligne-t-il. Je passerais quatre ans à l'université pour apprendre quoi ?», demande-t-il.

L'enseignant de carrière a plutôt choisi de se tourner vers l'Université d'Ottawa, où il n'aura qu'à compléter une seule année de pédagogie, avant de pouvoir décrocher du travail comme prof en Ontario.

M. Dicko se rendra dans la capitale fédérale, demain, en vue de s'y installer durant sa formation qui débutera dans quelques jours. «Si je trouve du travail dans une école en Ontario, je ne reviendrai pas au Québec», prévient-il.

On ne tient pas compte de l'expérience Moctar Dicko a beau avoir 22 années d'expérience en enseignement, ça ne compte pas, tranche le ministère de l'Éducation. «Le Règlement sur les autorisations d'enseigner ne permet pas la reconnaissance de l'expérience en enseignement», a confirmé le porte-parole du Ministère, Pierre Noël, dans un courriel envoyé au Journal hier.

 

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