24 HEURES - Le vendredi 14 juin 2019

Santé mentale et drogue : un cocktail explosif

06/02/2009 12h24 

Le Dr Stéphane Potvin, psychologue chercheur au Centre de recherche Fernand-Seguin et le Dr Patrick Barabé, psychiatre à l’hôpital Louis-H. Lafontaine.
Photo: Sarah-Maude Lefebvre
La consommation de drogues peut non seulement aggraver les symptômes des troubles psychiatriques, mais elle en favorise aussi le développement.

Selon les chiffres avancés lors du colloque « Toxicomanie et santé mentale : comment concilier les deux réalités », entre 33% et 55% des patients traités en psychiatrie sont aussi confrontés à un problème de consommation de drogue, d’où la nécessité pour les intervenants en traitement de la dépendance et en psychiatrie de travailler main dans la main.

« Ce n’est pas un phénomène rare. Il y a beaucoup de patients atteints de problèmes de santé mentale qui consomment de la drogue. Les personnes atteintes de trouble de la personnalité, schizophrénie, troubles bipolaires ou stress post-traumatiques sont prédisposés à la toxicomanie », explique le Dr Stéphane Potvin, psychologue chercheur au Centre de recherche Fernand-Seguin.

Le Dr Patrick Barabé, psychiatre à l’hôpital Louis-H. Lafontaine, abonde dans le même sens en prenant pour exemple l’alcool. « Quelqu’un qui consomme régulièrement de l’alcool, et de façon abusive, est à risque de développer des symptômes de troubles cognitifs, d’anxiété et de dépression ».

Le cas de la schizophrénie

La schizophrénie, qui a elle seule englobe 50% des frais de santé mentale, serait l’une des pathologies les plus susceptibles d’être reliée à la toxicomanie.

« Dans le cas de la schizophrénie, on a déjà affaire à un comportement social hautement altéré et les schizophrènes ont tendance à s’accrocher plus facilement à la consommation de drogue et plus rapidement aussi. De plus, même les petites doses peuvent avoir un effet direct », souligne également le Dr. Barabé.

Pour sa part, par voie de communiqué, le Dr Potvin a tenu a rappeler que les personnes atteintes de malade mentale « deviennent plus rapidement dépendantes et ont tendance à faire des abus. Il est évident que la consommation de drogue peut aggrave les symptômes de leur maladie mentale ».

Un sujet encore tabou

Malgré tous les efforts faits au cours des dernières années pour mettre fin aux préjugés, les deux spécialistes sont d’accords pour dire que la santé mentale reste un sujet encore « tabou » au sein de la société québécoise.

« Il y a encore un travail d’éducation et de sensibilisation à faire. Quand un employé s’absente du travail parce qu’il a un cancer, il a le support de tous ses collègues. C’est moins évident et surtout plus caché lorsque c’est relié à la santé mentale, comme une dépression par exemple », soutient le Dr. Barabé.

Selon l’Association canadienne pour la santé mentale, 20 % des Canadiens seront personnellement touchés par la maladie mentale au cours de leur vie.

sarahmaude.lefebvre@24-heures.ca

 
 

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