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Affaire Richard Barnabé: justice a-t-elle été rendue?

14/12/2008 09h58 

Pour Raymond Barnabé, beaucoup de questions sont restées sans réponse dans la mort de son frère Richard.
Photo: Hugo-Sébastien Aubert, Journal de Montréal
Quinze ans jour pour jour après avoir vu son frère Richard être victime d’une arrestation musclée qui devait le conduire vers la mort, Raymond Barnabé s’interroge encore sur les circonstances de son décès et soutient que justice n’a jamais été rendue.

«Il y a encore trop de questions sans réponse. La justice n’a pas été faite et elle ne le sera malheureusement jamais», dit ce policier retraité depuis près de 10 ans.

Le 14 décembre 1993, Richard Barnabé est arrêté à Laval au terme d’une poursuite policière. Ce chauffeur de taxi de 38 ans avait été surpris plus tôt devant une église vandalisée du quartier Ahuntsic, à Montréal. Les policiers lui reprochaient d’avoir fracassé une fenêtre.

Amené au poste de quartier 44, Barnabé se fait peu accommodant. Les policiers se mettent à plusieurs pour le maîtriser. Arrivé sur ses jambes une heure plus tôt, Barnabé en ressortira sur une civière dans un coma profond.

Richard Barnabé, alors père d’un jeune adolescent, avait subi de multiples fractures aux côtés et au niveau du visage.

Il rendra l’âme le 2 mai 1996, après avoir passé 28 mois dans un état neurovégétatif causé par une «asphyxie positionnelle».

Frère perplexe

Une cause qui laisse son frère perplexe. «Un témoin a raconté durant l’enquête préliminaire qu’un policier avait un genou sur sa gorge. Pour une raison que j’ignore, ce témoignage n’a pas été repris lors du procès», dit-il, document de cour à l’appui.

Au terme d’un long procès, les policiers Pierre Bergeron, André Lapointe, Michel Vadeboncoeur et Louis Samson sont reconnus coupables en 1995 de voies de fait ayant causé des lésions.

Les policiers Bergeron et Samson seront destitués en 1997 avant de voir cette décision du Comité de déontologie policière renversée par la Cour du Québec.

Un non-sens pour Raymond Barnabé. «Je ne comprends toujours pas comment la cour a pu renverser la décision et ordonner de réembaucher des policiers qui s’étaient pourtant reconnus coupables devant le comité», affirme-t-il.

Bien que 15 ans ont passé depuis un événement qui a marqué la mémoire collective du Québec, les souvenirs sont encore aussi douloureux. «Le mal s’est atténué avec le temps, mais l’injustice est toujours difficile à accepter. Richard était un bon gars qui n’aurait pas fait de mal à une mouche», dit son frère.

Citant pour exemple les cas récents, bien que différents, de Fredy Villanueva et Basil Parasiris, il est d’avis que ce sont deux preuves supplémentaires pour que des enquêtes publiques et indépendantes soient ordonnées dès qu’il y a mort d’homme lors d’une opération policière.

«La police ne peut pas enquêter sur la police. Ça éveille trop de soupçons et ça laisse trop de questions sans réponse. Il faut que ça change», conclut-il.

 
 

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