24 HEURES - Le samedi 11 février 2012

L’État québécois privatiserait le financement universitaire

Vers une hausse vertigineuse des frais de scolarité

23/10/2008 16h07 

Photo: Hugo Prévost
« Nous assistons à la disparition du modèle québécois de financement des universités » : tels sont les mots de Philippe Hurteau et d’Éric Martin, chercheurs à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS).

Les deux hommes ont présenté ce matin à Montréal les résultats d’une enquête concernant la privatisation du financement universitaire dans le monde, et leurs conclusions sont unanimes : le désengagement de l’État dans le financement universitaire mène à un endettement étudiant massif et prive davantage de personnes à faible revenu de faire des études universitaires.

Pire : aux yeux des deux chercheurs de l’IRIS, « le gouvernement du Québec, avec le dégel progressif des frais de scolarité en place depuis 2007, semble se diriger vers un modèle de financement privé à l’américaine ». « Est-ce vraiment la direction que doit prendre le Québec ? », questionne M. Martin.

À ce sujet, le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport n’a pas répondu à nos appels.

Toujours selon Éric Martin, le gouvernement québécois est en voie d’adopter un système de dérégulation semblable à celui suggéré par l’Institut économique de Montréal lundi, soit une hausse des frais correspondant aux coûts « réels » du domaine d’étude. Ainsi, un médecin vétérinaire paierait plus cher par session, comparativement à un étudiant en lettres, qui verrait sa facture diminuer.

« Le problème avec ce système, explique M. Martin, c’est que le mécanisme mis en place ailleurs pour rembourser les frais après les études, le RPR [remboursement proportionnel au revenu], a été poussé à l’extrême ». Citant l’exemple de l’Australie, il a affirmé que la dette étudiante s’élevait à 825 millions de dollars par année.

« Ce système, a poursuivi M. Hurteau, est également en place aux États-Unis et en Angleterre, et la sonnette d’alarme est tirée partout; les gouvernement sont allés trop loin ».

Quelle serait, dans ce cas, la solution au problème du sous-financement universitaire ? Pour les deux chercheurs de l’IRIS, la réponse est claire : « Il faut que l’État québécois révise sa politique fiscale, qu’il arrête de se priver de revenus en baissant les impôts et qu’il augmente les impôts des mieux nantis pour financer les universités », répond M. Hurteau.

Les deux chercheurs estiment que les plans proposés par l’IRIS sont à même d’aider à l’obtention de la gratuité scolaire universitaire. Ces plans, au nombre de trois, incluent l’ensemble des mesures à prendre sur des périodes d’un an et demi, de trois ans ou de cinq ans.

Le dégel actuel correspond à une hausse des frais de scolarité de l’ordre de 50$ de plus par session depuis l’automne 2007. Ces frais devraient continuer à augmenter jusqu’en 2012, où ils seront de 500 $ plus élevés par rapport aux frais de l’automne 2006.

 

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