24 HEURES - Le vendredi 22 août 2014

Facile de fabriquer de la drogue?

16/10/2008 07h14 

Photo: archives 24 heures
Trop facile pour des chimistes en herbe de fabriquer de l'ecstasy ou de la drogue du viol avec des produits en vente libre. Les autorités lancent ce mois-ci une offensive pour mettre pharmaciens et détaillants dans le coup, afin de les sensibiliser aux dangers de plusieurs de ces produits aux allures pourtant inoffensives.

Avec une recette prise sur Internet et des produits achetés légalement, on peut produire plusieurs drogues dures. La plus dangereuse est le crystal meth, un dérivé de la métamphétamine. Mais voilà, l'un des ingrédients-clés se retrouve à la pharmacie du coin. Les décongestionnants tels que Sudafed contiennent en effet de l'éphédrine.

Même chose avec le GHB, la drogue du viol : du dissolvant de vernis à ongles et quelques autres produits suffisent. Il en va de même avec plusieurs drogues de synthèse.

"Nous n'en sommes pas à policer les pharmacies, mais nous désirons travailler en partenariat pour les sensibiliser", dit Suzanne de Larochellière, spécialiste des drogues à la Direction conseil en enquêtes criminelles de la Sûreté du Québec.

C'est dans cet esprit que divers corps policiers, Santé Canada et l'Agence des services frontaliers convient détaillants, pharmaciens et industriels à une conférence de deux jours. L'événement, une première dans la province, se tiendra les 29 et 30 octobre au Loews Le Concorde, à Québec.

Pour l'instant, il y a ici plus de gros laboratoires clandestins qui importent leurs ingrédients que de petits producteurs artisanaux. Aux États-Unis, c'est l'inverse et les autorités ont dû demander aux pharmaciens de retirer des tablettes les produits contenant de l'éphédrine. Il faut même montrer une carte d'identité pour s'en procurer.

Si la situation changeait, les policiers pourraient intervenir. "C'est efficace aux États-Unis, on pourrait vouloir ça ici aussi", dit madame de Larochellière.

Alerte à la caisse

Hélène Beaudin, pharmacienne dans un Jean Coutu de la rue Sainte- Catherine, reconnaît que certains médicaments exercent un at-trait pour les chimistes en herbe. "Ces produits sont en vente libre dans les rayons, alors n'importe qui peut s'en procurer."

Les caisses enregistreuses de sa pharmacie sont programmées pour émettre un avertissement si une personne achète plus de trois produits dangereux. Mais, après vérification, Mme Beaudin a reconnu que les Sudafed, Dristan et autres ne font pas partie de la liste de produits surveillés. "Nous allons voir dès demain s'il est possible de les ajouter", dit-elle.

Depuis 2000, le Québec a été le théâtre de 55 démantèlements de laboratoires clandestins servant à fabriquer de la drogue de synthèse, ce qui exclut la cocaïne et la résine de cannabis. En 2007, une saisie à Repentigny avait permis de mettre la main sur 525 000 doses de métamphétamine et 145 000 d'ecstasy.