24 HEURES - Le samedi 17 novembre 2018

CRISE DE LA LISTÉRIA

L’industrie du fromage appelle à l’aide

26/09/2008 16h27 - Mise à jour 26/09/2008 16h34

La fromagerie Hamel au marché Jean Talon a vu sa fréquentation chuter de 20% depuis le début de la crise
Magali Morel
L’industrie québécoise du fromage appelle à l’aide. Un fromager de la Montérégie a décidé de mettre en demeure le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec de lui rembourser 46 000 $ pour la destruction de ses fromages et les pertes de profits causées par des mesures disproportionnées. Mais ce que les producteurs espèrent surtout, c’est une aide du gouvernement.

Ian Picard, co-propriétaire de la fromagerie Hamel au marché Jean Talon, a vu la fréquentation de son magasin chuter de 20% depuis le début de la crise. «Le 6 septembre, que l’on pourrait appeler le Samedi Noir, nous avons détruit pour 2 400 kg de fromage, soit environ 120 000 $ de marchandise, confie t-il, jamais ça n’avait eu lieu. J’ai même contacté des confrères en France, ils n’ont jamais vu ça.»

Vers un recours collectif…

Max Dubois, propriétaire de L'Échoppe des fromages, en Montérégie, soutient que par crainte d'éclosion généralisée de listériose, le ministère a agi de façon illégitime, avec abus et imprudence. Il lui reproche de ne pas avoir attendu les résultats des tests avant de détruire les produits.

Ian Picard, quant à lui, ne pense pas se lancer dans une bataille juridique. «C’est vraiment important que le gouvernement débloque une aide très rapidement pour faire face à la crise. J’ai rencontré quelques producteurs qui m’ont dit que s’ils n’obtenaient pas une aide d’ici deux semaines, ils allaient tout arrêter.»

Pour Michel Bélanger, avocat de la firme Lauzon Bélanger, «un recours collectif prendrait des années, ce qui serait beaucoup trop long pour les producteurs, et aurait en plus un coût final plus élevé qu’une intervention directe pour le gouvernement». Et d’ajouter : «il sera difficile d’attaquer le gouvernement sur le principe d’intervention car il est question de santé publique. S’ils vont en cour, ils dénonceront sûrement la façon dont les choses ont été faîtes, la précipitation à tout jeter.»

Contacté par 24 heures, le MAPAQ n’a pas souhaité commenter les éventuelles poursuites judiciaires qui pourraient avoir lieu.

… ou une aide gouvernementale ?

Par ailleurs, la Fédération québécoise des municipalités réclame un plan de sauvetage d'urgence pour ce secteur agroalimentaire d'importance pour le milieu rural. Son président, Bernard Généreux, s'est montré très critique envers le MAPAQ. «Tout à coup, il y a eu cette panique de la listériose où au nom de la santé publique tout azimut, on a mis dans l'eau de javel une partie de notre fierté», a-t-il dénoncé.

Après le discours de M. Généreux, le premier ministre Charest n'a pas fermé la porte à une intervention gouvernementale, mais s'est surtout attardé à défendre le coup de force du MAPAQ. «Il y a eu des vies de perdues. Il faut revenir aux vraies choses là, et quand on est responsable et qu'on est au gouvernement, c'est la santé et la sécurité du public qui passent en premier», a-t-il conclu.

 
 

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