24 HEURES - Le samedi 23 septembre 2017

MONTRÉAL-NORD

Le conseil municipal de Montréal-Nord marche sur des œufs

20/08/2008 19h06 - Mise à jour 20/08/2008 22h56

Will Prosper, le porte-parole de Montréal-Republik.
Miryam Bonin

Les élus de Montréal-Nord étaient sur la sellette lors du conseil municipal qui s’est déroulé mercredi soir à l’hôtel de ville de la rue Hébert, sous haute surveillance policière. Près de deux cents citoyens, dont plusieurs issus du groupe de revendication Montréal-Nord Republik, ont réclamé la démission du maire Marcel Parent.

Malgré les cris des gens qui scandaient «Démission», le maire Parent a affirmé qu’il n’a aucune intention de démissionner. Le regroupement Montréal-Nord Republik, créé après la mort du jeune Freddy Villanueva sous les balles des policiers le 9 août dernier, avait cinq demandes à faire au conseil municipal, dont la démission de l’élu.

Parmi ces demandes se trouvaient aussi une enquête publique et indépendante, la fin des pratiques abusives de la police et la création d’une œuvre en mémoire du jeune Villanueva. Jeunes, blancs, noirs… la foule de protestataires était assez diversifiée et contenait même des résidants d’autres quartiers de Montréal. Les politiciens ont essuyé la colère du groupe qui n’avait qu’un mot aux lèvres : changement.

Un conseil mouvementé

«Vous êtes l’antithèse du changement, c’est de votre faute les émeutes. Regardez-vous, vous ne ressemblez pas à la population», a lancé rageusement le porte-parole de Montréal-Nord Republik, Will Prosper, qui n’a pas hésité à interrompre la séance.

Malgré les efforts des élus pour reprendre la parole et couper le micro, plusieurs individus ont tour à tour demandé l’arrêt de la répression policière et invoqué un manque de leadership politique à Montréal-Nord.

«Je pense que la police fait un très bon travail», a répliqué Marcel Parent, sous les protestations de la foule. Pour le citoyen Milot Jean Louis, l’absence de réponses de la part de Marcel Parent prouve que le maire ne travaille pas avec le peuple. «Je n’espère pas d’autres émeutes, mais s’il n’y a pas d’action, c’est sûr qu’il va y en avoir», a affirmé le jeune homme.

Le 24 heures a perçu le même son de cloche chez plusieurs personnes présentes, qui ont demandé que les agents de l’ordre reçoivent une meilleure formation et que les policiers impliqués dans la mort de Freddy Villanueva soient jugés. Plusieurs ont même proposé le désarmement des policiers.

Par ailleurs, certains citoyens ont dénoncé le fait que l’administration municipale favorise les organismes communautaires proches de la ville. «Ce maire est irresponsable», a ajouté Emmanuel, jeune homme de 24 ans qui a insisté sur la peur ressentie par des citoyens de Montréal-Nord face aux policiers.

Le maire demeure imperturbable

«Les groupes que j’avais devant moi ce soir, ça va être difficile de dialoguer avec eux», de dire le maire Marcel Parent en point de presse. Il soutient avoir été élu démocratiquement et compte bien se représenter en tant que maire à la prochaine élection. Soulignant qu’il connaît bien les gens du quartier, le résidant de Montréal-Nord admet toutefois du bout des lèvres qu’il n’a peut-être pas passé assez de temps avec les jeunes du coin.

«J’ai de la peine comme citoyen de Montréal-Nord», de lancer Marcel Parent, qui ne regrette pas sa réaction au lendemain des émeutes de la semaine dernière. Rappelons qu’il s’était dit très surpris par les événements et qu’il ne soupçonnait pas que de telles violences risquaient d’éclater.

L’élu montréalais ignore si le profilage racial que les citoyens imputent aux policiers se produit réellement. «On pense sérieusement à demander une enquête publique», a-t-il lancé par la suite, relativement au décès de Freddy Villanueva.

Questionné quant à savoir ce qu’il pense des nombreuses menaces proférées par des jeunes qui ont dit vouloir déclencher une émeute s’il ne démissionnait pas, Marcel Parent a insisté sur le fait qu’il fera respecter la loi et l’ordre. De nombreux jeunes sont demeurés dans le stationnement de l’hôtel de ville après la séance, sous l’œil attentif des policiers.

 
 

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